Virages. Confinement, désir de changement et monde nouveau

Publié le : 2021-11-26 18:12:50
Catégories : Recensions

Virages. Confinement, désir de changement et monde nouveau

Denis Müller est un théologien éthicien actuellement en retraite qui a été professeur aux universités de Genève et de Lausanne. Le livre se présente en deux parties : la première "Souvenirs du temps d'avant" retrace très brièvement des tranches de vie de l'auteur avec parfois une pointe nostalgique : "Retrouvera t'il jamais le tendre et naïf bonheur de ces époques révolues" (p. 41) ou bien "Les photos du temps passait me rappellent la nécessité de retrouver le temps, de retrouver du temps" (P. 42).

Cette partie va de la naissance de l'auteur jusqu'à l'apparition du Covid. Ces retours sur certains événements du passé donnent à l'auteur l'occasion de poser une réflexion sur la destinée de l'homme et sur les changements imprévisibles et inquiétants de notre monde "Le monde nouveau sera t'il pire encore que le pire des mondes possibles ? Comme des millions d'êtres humains sur la petite planète bleue, je suis saisi d'une infinie tristesse." (p. 79). On sent déjà poindre à l'horizon, l'arrivée douloureuse de ce que l'auteur nommera "cette saloperie".

 

Virages, Confinement, désir de changement et monde nouveau,

Denis Müller

Editions Olivétan, 2020,

152 pages

14€

 

La deuxième partie "De l'exil du confinement au monde nouveau" fait suite à la chronologie précédente puisqu'elle débute au confinement. D'autre part cette partie du livre n'a pas le caractère autobiographique de la première partie, elle est essentiellement une réflexion philosophico-théologique sur l'événement Covid et ses conséquences sur notre perception du monde, ce qu'Elian Cuvillier nomme "la réalité" (la perception, le discours, l'interprétation) en confrontation avec "le réel" pour le cas présent la nocivité absolue du virus. Cette distinction l'auteur la reprend à son compte (chapitre 65). 

 

Denis Müller 

Denis Müller

Tout en écrivant avec humour, l'auteur nous livre des remarques pertinentes : "le temps du coronavirus aura été un temps social, un temps de reprise de la parole interpersonnelle" (p. 109); "La seule posture théologique crédible nous semble être une attitude de lucidité et de responsabilité... Cela nous obligera aussi à repenser notre compréhension, de Dieu, sans rien enlever à l'éthique de responsabilité." (pp. 114-115); "Le déconfinement n'est pas le retour béat à la normale... D'ailleurs la vie d'avant n'était pas si 'normale', pas si tranquille." (p. 145).

L'auteur ne cache pas ses craintes à l'égard d'une certaine naïveté concernant la capacité de l'homme a tirer des leçons de l'histoire. On retrouve ici une catégorie théologique importante dans le protestantisme que la Bible appelle "le péché" et qui permet de comprendre l'ambivalence de l'homme dans ses développements culturels, économiques... (pp. 108.134.139.143).

Le lecteur pourra s'identifier dans ce sentiment partagé simplement et honnêtement par l'auteur : "Le confinement aura été, je l'espère, l'occasion de relire un peu ma vie d'une autre manière - et nous n'en avons pas forcément fini avec lui. La peur et l'angoisse sont toujours là." (p. 145).



Ce propos me fait penser à un certain Paul de Tarse qui disait voilà déjà vingt siècles "les souffrances du temps présent ne sauraient être comparées avec la gloire à venir" et qu'en attendant la création "soupire" et nous aussi avec elle. (Rom 8, 18).

Thierry Rouquet

 

Pour en savoir plus sur l'auteur Denis Müller, une interview sur son livre "le petit dictionnaire de Théologie" : 

 

 

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