Sarah M. Grimké Lettres sur l’égalité des sexes

Publié le : 2017-03-06 10:48:20
Catégories : Recensions

Sarah M. Grimké Lettres sur l’égalité des sexes

Sarah M. Grimké

Lettres sur l’égalité des sexes

(Introduction, traduction et notes par Michel Grandjean)

Editions Labor et Fides, 278 pages

23€






Sarah M. Grimké est née en 1792 à Charleston en Caroline du Sud, dans une famille de l’Eglise épiscopalienne1 de l’élite politique et sociale de la ville. Son père possède plusieurs centaines d’esclaves, qu’ils soient domestiques ou affectés aux plantations.

Elle est animée dès l’enfance d’une exceptionnelle soif d’apprendre et souffre d’un système éducatif qui cantonne les jeunes filles dans l’apprentissage des bonnes manières et des matières destinées à la conduite du ménage.

Le parcours religieux de Sarah M. Grimké est mouvementé. Mal à l’aise dans son église épiscopalienne, elle rejoint rapidement une église presbytérienne plus proche du puritanisme. A l’âge de 27 ans, elle fait connaissance d’un marchand quaker avec lequel elle entretiendra une correspondance soutenue, et qu’elle rejoindra en 1821. L’exil dans un Etat du Nord, qui ne pratique pas l’esclavage, permet à Sarah Grimké d’échapper aux infamies auxquelles elle était confrontée quotidiennement en Caroline. Elle est fascinée par les quakers. Leur simplicité de vie concorde avec sa vision d’humilité et de renoncement à soi-même. Elle partage leur idéal non dogmatique d’une relation directe avec Dieu et leurs prises de position anti-esclavagistes.

Cette expérience se solda toutefois par une cruelle désillusion. En 1836, alors que sa soeur l’accompagne dans des positions de plus en plus actives contre l’esclavage, elles s’offusquent que les quakers pratiquent la ségrégation raciale en réservant, par exemple, dans leurs réunions, un « banc » pour les noirs.

Lettres sur l'égalité des sexes

Après avoir essuyé un refus de prise de parole lors d’une réunion, Sarah se détournera progressivement de toute institution ecclésiastique. Dès 1835, Angelina, sa sœur, puis Sarah rejoignent les rangs de mouvements militant pour l’abolition de l’esclavage, comme la Société féminine antiesclavagiste de Philadelphie. Elles participent à la première Convention antiesclavagiste des femmes américaines à New York et assistent à de nombreuses manifestations.


Les quinze lettres de Sarah Grimké sont toutes datées de l’été et du début de l’automne 1837. Le thème principal de ses écrits est la domination de l’homme sur la femme. On peut lire dans sa toute première lettre ce qui donne le ton de toutes les autres :

« Si Adam, au lieu de partager la faute de sa femme, l’avait tendrement réprouvée […] et qu’il se fut appliqué à la conduire à la repentance, je serais nettement plus encline à accorder à l’homme cette supériorité qu’il revendique ».


Sarah M. Grimké ne cessera de répéter que Dieu a créé des êtres libres et que c’est à lui seul que la femme est soumise, c’est à lui seul qu’elle doit rendre compte.



Elle ne réclame pas non plus de statut particulier pour son sexe, simplement l’égalité et la justice. Les Saintes Ecritures le prouvent, aucune suprématie n’a été accordée à l’homme.


Sarah Gimké


Voici quelques extraits de la troisième lettre adressée à l’Association générale des pasteurs congrégationalistes du Massachusetts :

« Qu’elle est monstrueuse, qu’elle est anti-chrétienne la doctrine qui fait dépendre la femme de l’homme ! Elle a abdiqué ses DROITS les plus chers et s’est contentée des faveurs que l’homme a bien voulu lui accorder. »



« La créature que Dieu avait donnée à l’homme comme compagne, il l’a décorée de babioles et de colifichets, il a détourné son attention vers le pouvoir d’attraction qu’exerce sa personne, il a flatté sa vanité et il en a fait l’instrument de son plaisir égoïste, un jouet propre à charmer ses yeux et à le distraire en ses heures de loisirs ».



Les dernières lettres sont orientées sur l’héroïsme des femmes, les relations conjugales et le ministère pastoral.



Ce livre traite des rapports sociaux entre les sexes, de la condition des femmes en Asie et en Afrique, dans quelques parties de l’Europe, ou de l’Amérique (notamment les Etats-Unis). Autant dire qu’à travers ces quinze lettres, Sarah M. Grimké tire un portrait de la condition féminine de son époque : le 19eme siècle, à travers le monde.



Et pourtant, ce livre est étrangement d’actualité. Il s’adresse à tous, croyants ou non. Ce livre est un travail de mémoire sur le pouvoir du sexe dit fort et de la place de la femme dans la société occidentale.



Je recommande sa lecture, j’aime les révolutionnaires qui moquent l’ignorance et la bêtise humaine comme Sarah M. Grimké. Elle s’est battue toute sa vie pour l’égalité des sexes, pour la défense de l’humain, et de la femme plus particulièrement, avec un courage et une opiniâtreté qui forcent le respect.




Elisabeth Loussaut




1 L’Eglise épiscopalienne est une église historique, de tradition « anglicane ».

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