Sanctorum Communio

Publié le : 2022-12-21 14:29:31

Sanctorum Communio

Dietrich Bonhoeffer 1906-1945 (D.B.) est un théologien allemand qui s'opposa à l'idéologie Nazi et à une frange de l'Eglise luthérienne allemande dans sa compromission avec le régime ce qui lui a valu d'être exécuté à la prison de Flossemburg le 09 avril 1945. Ses deux livres les plus connus sont "Vivre en disciple : Le prix de la grâce" un commentaire du sermon sur la montagne comme paradigme de la vie de disciple et "De la vie communautaire", un traité de spiritualité qui décrit en quoi l'église est un remède efficace pour tous ceux qui seraient tenter de la fantasmer.

  

 

 Sanctorum Communio, Dietrich Bonhoeffer, 

Labor & Fides, 2022, 241 p. 27 € 

   

Sanctorum Communio est la thèse qu'il soutint le 17 décembre 1927 alors qu'il n'a que 21 ans. Le texte ici présenté est cette thèse amputée de 30% du texte originel et édité en 1930. Le sous titre indique l'approche de recherche de D.B. : "Une recherche dogmatique sur la sociologie de l'Eglise". Pour D.B. une analyse purement sociologique de l'Eglise ne peut rendre compte de l'essence de l'Eglise, si ce n'est pour donner une cartographie de l'Eglise du point de vue empirique. Une fois posé ce fondement, D.B. assume pleinement l'approche théologique pour comprendre ce qu'est la nature de la communauté chrétienne puisque celle-ci n'est fondée qu'en Dieu. Dans l'introduction du livre, Christophe Chalamet résume ainsi ce choix de méthodologie : "D.B. veut donc comprendre l'Eglise à partir de l'auto-compréhension et de la revendication de cette dernière" (p. 8).

 

 

  

Dietrich Bonhoeffer

Cette auto-compréhension est argumentée au chapitre V : "... nous prenons au sérieux la revendication de l'Eglise de ne pouvoir être comprise complètement de manière historique, mais en tant qu'elle est fondée dans la réalité de Dieu et de sa révélation. Nous ne voulons pas établir de l'extérieur des critères pour juger l'Eglise, mais les établir à partir d'elle même; c'est à partir de sa propre revendication qu'elle est complètement comprise et que l'on peut obtenir des normes critiques conformes à la réalité en cause pour en juger." (p. 94) et plus loin D.B. dit que s'il est possible de l'évaluer ce n'est que "si on se situe à l'intérieur d'elle-même, si on se plie en croyant à sa revendication" (p. 95).

  

A mon sens le chapitre V, et plus précisément le paragraphe de ce chapitre intitulé "Le St Esprit et l'Eglise de Jésus Christ. L'actualisation de l'Eglise essentielle" est le cœur de ce travail d'ecclésiologie (pp. 114 à 154). Christ n'a pas additionné des disciples mais ils les a constitués ensemble pour qu'ils soient les uns pour les autres : "Cet être l'un avec l'autre de la communauté et des membres de la communauté, tel que cela a été établi par le Christ, implique aussi l'être l'un pour l'autre." (p. 135, c'est l'auteur qui souligne). Ce travail de thèse annonce certaines intuitions que l'on retrouve dans "De la vie communautaire" notamment Dietrich Bonhoeffer,, la communauté ecclésiale étant comprise comme "personne collective". Dans ce livre, D.B. décrit souvent l'Eglise par cette expression qui a fait débat : "L'Eglise est le Christ existant comme communauté" (142, 148, 157 etc...). Pour D.B. c'est la seule façon qu'a le Christ de se rendre présent au monde. Ici, prenons garde de ne pas confondre cette pensée avec la doctrine catholique d'un trésor de mérites qu'auraient acquis les saints en surabondance pour en faire bénéficier les autres membres du corps (D.B. s'en explique très clairement, p. 136). 

 

Quelques remarques :

 

- D.B. croyait à l'apocatastase, la restauration spirituelle de tous les êtres humains dans la communion spirituelle en solidarité avec Christ le nouvel Adam, doctrine communément appelée "l'universalisme" (pp. 105-107).

 

- A mon sens, une mauvaise compréhension de la parabole du bon grain et de l'ivraie en Mat 13, 24-30 où le "champ" décrit par Jésus est le monde et non pas l'église. Or, pour légitimer la dimension historique et donc imparfaite de l'Eglise, D.B. assimile l'image du champ à l'Eglise: "L'Eglise doit laisser croitre l'ivraie sur son champ" (p. 166, c'est nous qui soulignons)

 

- Une ambigüité entre la conception confessante de l'Eglise et celle multitudiniste (pp. 184-185). 

   

Thierry Rouquet

    

Vidéo de présentation de l'auteur : 

   

 

 

 

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