Quel cirque, Leplay

Publié le : 2021-10-22 14:10:03
Catégories : Recensions

Quel cirque, Leplay

Michel Leplay (1927-2020), pasteur protestant français engagé, propose ici une réflexion espiègle sur la condition des animaux et la façon dont ils sont vus et traités par les humains. 

 

L’auteur fait entrer des animaux dans l’arène du cirque et en dresse le portrait, mettant en avant un symbolisme biblique et culturel occidental. Il imagine ensuite ce que chaque animal aurait à dire sur nous, êtres humains du 21ème siècle, comme si les rôles étaient inversés, comme si nous, humains, étions dans l’arène et que les différents animaux nous regardaient.

Ce faisant, il s’inscrit dans un genre littéraire qui remonte aux bestiaires et fabliaux du Moyen-Age, en passant par les Fables de La Fontaine. Cette stratégie et cet anthropomorphisme permettent de dénoncer les dérives de notre monde d’humains

Le format de l’essai est court, composé de 10 sections introduites par une citation et axé sur un animal en particulier. Le ton est ludique, presque carnavalesque. Ce n’est pas un traité. Au contraire, en retrait du débat clivant qui oppose spécistes et non-spécistes en France, Leplay a le mérite de sortir de la tension animée sur la question en donnant, avec humour, la parole aux animaux eux-mêmes.

De plus, l’auteur cite des penseurs, philosophes, écrivains et adopte un ton à la François Villon (« frères humains qui comme nous mourrez », p.7). Le texte est truffé d’allusions, de métaphores, d’images, de tableaux, de jeux de mots et de langue. Il y mêle intentionnellement vocabulaire biblique et animalier, proverbes et expressions idiomatiques.

 

Quel cirque !

Michel Leplay

Editions Ampelos

2020

58 pages

8€

 

 

L’iconographie sur la page de couverture et dans l’essai est en partie composée de vieilles images et gravures, qui renforcent le genre littéraire des bestiaires et fabliaux. Ces images soulignent sans doute que ces animaux font partie de l’imaginaire occidental depuis longtemps.

L’illustration de la page de couverture donne néanmoins à penser que d’autres animaux seront mis en avant. Si la vache, le singe et le tigre font l’objet d’une section, il n’est rien dit sur le vautour ou encore sur le corbeau (cf. l’histoire d’Elie en 1 Rois 17 : 2-6), malgré leur présence dans l’imaginaire biblique.

Du point de vue du contenu, le quatrième de couverture donne également à penser que beaucoup plus d’animaux bibliques seront introduits. Ainsi le choix partiel (et partial) de certains animaux interpelle : la section sur les ‘tigres, girafes’, par exemple, semble plus dictée par des jeux de mots que par leur présence dans la Bible. S’il est question de veaux et de vaches dans l’essai de Michel Leplay, il ne fait étonnamment pas référence aux histoires bibliques telles que le veau d’or ou encore les vaches maigres et grasses (cf. le rêve de Pharaon en Genèse 41). 

 

Michel Leplay

 

Ceci dit, l’intention de l’auteur n’est pas de fournir un parcours exhaustif au travers du bestiaire biblique, mais plutôt d’utiliser celui-ci pour interroger avec humour la manière dont l’être humain interagit avec l’animal.



Comme le souligne Frédéric Rognon dans sa préface, « ce qui émane de son itinéraire, c’est que les animaux n’ont d’autres droits que les devoirs que nous nous donnons à leur égard. […] En d’autres termes, que l’homme est un sujet éthique, capable d’empathie, de sollicitude et de responsabilité. Son rapport juste à l’animal tiendra précisément au fait qu’il n’est pas qu’un animal. » (p.3).

Si le ton et le format ne manqueront pas de réjouir les amateurs du genre, la brièveté du texte et l’utilisation sommaire du matériel biblique à ce sujet laisseront un certain nombre de lecteurs sur leur faim.

 

Marie Holdsworth

Vidéo de Michel Leplay : 

 

Produits liés

Partager ce contenu

Ajouter un commentaire

 (avec http://)