Les entretiens de l'aube, le travail d'écriture du poète

Publié le : 2021-06-21 13:11:42
Catégories : Recensions

Les entretiens de l'aube, le travail d'écriture du poète

Georges Haldas (1917-2010) écrivain et poète suisse romand, eut un parcours religieux particulier. Né d'un père orthodoxe, il faut baptisé dans l'église russe de Genève. Une mère protestante le conduisit à l'église protestante où il reçu sa confirmation.

 

Parvenu à l'âge de se marier, ses beaux parents, fervents catholiques, voulurent un mariage catholique, il suivit donc une "sorte de catéchèse" (p.109) par le célèbre abbé Journet qui fut plus tard cardinal. Il reconnait d'ailleurs que ce qui l'attira dans la théologie catholique fut sa théologie incarnationnelle, notamment la notion de présence réelle "Cette présence réelle est quelque chose d'étonnant ".

 

Les entretiens de l'aube

Georges Haldas

Collection Lignes intérieures

Editions Labor et Fides

184 pages

17€

Les entretiens de l'aube

Cela corrobore mon intuition poétique fondamentale." (p. 109) Effectivement l'auteur a trouvé là une confirmation de son sens intuitif que la création révèle dans sa matérialité l'invisible, la présence de l'indicible, ce qu'il appelle aussi "la Source". Dans sa jeunesse, il hésita entre la vocation pastorale et  l'écriture pour finalement se décider à être écrivain.

 

Dans ce livre d'entretien avec Etienne Sordet (pasteur), l'émotion poétique est partout présente, elle est fondamentale dans son approche car elle demande une disponibilité de tous les instants, une ouverture "...une espèce de disposition psychique très secrète, très mystérieuse" qui permet "d'éprouver tout de suite, dans le moindre détail visible, l'invisible, dans ce qui est sensible, le suprasensible..." (p. 23).

 

Cette attention sensible donne à l'auteur de discerner dans les choses insignifiantes en apparence des réalités bien plus grandes : "Dans la vie quotidienne, le plus fort brouillard fait qu'on ne voit plus le soleil. On peut se demander est-ce que le soleil va de nouveau briller ? Mais il est derrière le brouillard." (P. 28).

 

Dans ce regard porté à la création, aux choses insignifiantes, dans cette poésie métaphysique, je vois un trait d'union avec Christian Bobin. Comme lui, l'auteur trouve dans la réalité, un chemin par lequel on accède à ce qui est au delà d'elle, raison pour laquelle il récuse le terme de spiritualité qui suppose chez ceux qui l'emploient un rejet de cette réalité, du visible, de la matérialité.

 

L'auteur lui préfère le terme de transfiguration qui exprime mieux selon lui le voyage que nous parcourons quand nous sommes saisis, ravis, par la beauté de la création pour appréhender ce qui la transcende.

Un livre touchant qui traite du rapport du poète à l'écriture, du travail d'écriture dans ce qu'il a de sacrificiel - le poète sacrifie ses fulgurances intuitives avec des mots qui ne peuvent jamais être à la hauteur de "l'état poétique".

 

Une image pour l'auteur du sacrifice du Christ qui est venu pour servir dans sa chair, dans l'espace-temps pour nous faire entrer dans la vie éternelle, le "non-espace-temps". Les mots peuvent nous aider, le poète est là justement pour servir l'humanité par le sacrifice de ses mots et par son sacrifice de ne jamais pouvoir décrire l'extraordinaire richesse de ce qu'il "voit" dans l'instant où il est saisi.

L'auteur en toute humilité croit à cette forme de sacerdoce qui peut aider ceux qui ont fini par s'ennuyer du langage stéréotypé des églises tout en leur étant restés fidèles : " j'ai ma manière à moi de servir ceux qui lui sont fidèles" (p. 112).

Georges Haldas veut rendre service à son prochain par le medium de l'écriture, de la poésie, comme pour rendre témoignage d'une lumière cachée mais bien réelle, bafouée et pourtant promise. Pour cette raison, G. Haldas pense qu'un Jean Baptiste devrait être le saint patron des écrivains, car sans être la lumière, il est venu rendre témoignage à la lumière (p. 174).

Thierry Rouquet

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