Les 67 thèses réformatrices

Publié le : 2021-11-23 16:04:21
Catégories : Recensions

Les 67 thèses réformatrices

Huldrych Zwingli (1484-1531) est avec Luther l'un des réformateurs de la toute première heure, réformateur surtout connu pour la mise en œuvre de la Réforme à Zurich et pour son opposition à Luther lors du colloque de Marbourg (1529) au sujet de la nature des éléments de l'eucharistie qu'il considérait de façon symbolique et comme un mémorial à la différence de Luther qui y voyait la présence réelle du Christ (doctrine de la consubstantiation).  

 

 

Huldrych Zwingli,

Les 67 thèses réformatrices de 1523, et leurs commentaires,

Labor & Fides, 2021, 443 p. 34 €

 

Bernard Reymond qui a traduit ce texte, apporte aussi des informations capitales sur le contexte historique des 67 thèses dans son introduction ainsi que des notes tout au long du corps de l'ouvrage qui donnent surtout des précisions sur la langue allemande de ce temps utilisée par Zwingli (le moyen haut allemand tardif). A noter aussi plusieurs index notamment un index biblique bien pratique. Ces 67 thèses sont bien moins connues que les 95 thèses de Luther, cela peut nous surprendre vu qu'elles ont parues à peine 6 ans après celles de Luther. Il faut dire que Zwingli est mort en 1531 et que rapidement la pensée de Calvin va s'imposer. Comme le dit B. Reymond si ce document ne fut jamais traduit en français et qu'il eut si peu d'échos parmi les protestants c'est parce que "[...] entre Zwingli et nous, il y a eu Calvin et son interprétation plus sévère, voire disciplinaire, de la Réforme, très solidement pensée et structurée." (p. 7)

 

 

Bernard Raymond 

 

La majeure partie du livre est composée des commentaires de Zwingli sur chacune de ses 67 thèses. Un point ressort de son commentaire : le recours permanent à la Bible pour expliquer la Bible elle même et donc une approche "positive" du texte biblique, aucune mise en doute de son autorité, on dirait aujourd'hui une approche "naïve" du texte. Il affirme défendre sa doctrine sur la base de l'Ecriture "qui est dite theopneustos" (p. 21) et de la même façon que Luther à la diète de Worms (18 avril 1521), s'il est prêt à revoir son interprétation, ce sera "toutefois seulement à partir de ladite écriture." (p. 21). La première thèse est dans la logique de la théologie protestante d'une part par son contenu et de plus étant placée au tout début de l'ensemble. Cette thèse place l'autorité de l'Ecriture au dessus de celle de l'Eglise : "Tous ceux qui disent que l'Evangile ne serait rien sans la certification de l'Eglise se trompent et insultent Dieu." (p. 34). C'est donc une désacralisation de l'Eglise non pour être écartée définitivement mais pour être réformée par une instance supérieure à laquelle elle devra se soumettre. 

 

Une surprise surgit à la lecture de la thèse 60 "Que l'être humain implore soigneusement Dieu pour les trépassés afin qu'il leur atteste sa grâce, je ne le refuse pas, pourtant en fixer le moment et mentir par appât du gain n'est pas humain mais diabolique." (p. 402). H. Zwingli s'en explique clairement dans son commentaire, en réalité le réformateur a pour objectif de contrecarrer les superstitions liées à la doctrine du purgatoire et prémunir les croyants des "affabulateurs qui disent comment les âmes seraient apparues ici ou là [...] " (p. 403, contre le spiritisme je suppose). Zwingli dit bien "implorer soigneusement Dieu" et dans son commentaire cette concession est faite pour des croyants qui n'ont pas eux mêmes une claire compréhension qu'il n'y a pas un entre-deux au ciel une fois mort. Il veut donc leur enseigner à prier "soigneusement" en s'en remettant au jugement de Dieu tout particulièrement quand il s'agit de parents, on sait à l'époque combien la relation parents/ enfant était sacralisée. La prière qu'il conseille est très sobre, il vaut la peine de la retranscrire ici in extenso : "Seigneur! le jugement des morts est connu de toi seul. Tu as cependant ordonné d'honorer père et mère. C'est pourquoi je me demande avec inquiétude si l'état des trépassés a été changé par nos prières ou notre foi, ce dont nous ne pouvons absolument pas avoir connaissance : veuille donner le repos éternel à nos père et mère et à tous les croyants. Toutefois Seigneur, que ta volonté soit faite !" (p. 402) 

 

En conclusion : un livre qui nous fait connaitre la théologie d'un réformateur qui est assez proche de celle des évangéliques actuels, au moins sur 2 points : la compréhension des Ecritures " l'écriture doit être mon juge et celui de tous les humains, et l'homme ne doit pas être juge au-dessus de la parole de Dieu [...]" (p. 421), et sur la conception de la Cène en tant que mémorial.

 

Thierry Rouquet

 

 Interview de Bernard Raymond : 

 

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