La planète Nemausa

Publié le : 2016-06-20 12:10:22

La planète Nemausa

La Planète NEMAUSA

Christian GIUDICELLI

Gallimard 2016, Collection Blanche, 208 pages, 17,90 €








Christian GIUDICELLI
est né en 1942 à Nîmes. Il a publié 9 romans dont «Station Balnéaire» qui a reçu le prix Renaudot en 1986.

Laurent, astronome amateur nîmois découvre la Planète NEMAUSA le 24 janvier 1858 à partir de l’observatoire de Benjamin Valz situé 32 rue de l’Agau à Nîmes.

C’est en souvenir de ces deux passionnés d’astronomie que l’auteur intitule son livre «Planète NEMAUSA». Mais il nous invite principalement à regarder cette planète qui est la nôtre.

Giudicelli évoque des personnages écorchés, étranges, fragiles et pleins d’humour. Sa galerie de portraits nous révèle sa sensibilité, sa mélancolie et nous fait partager ses regrets. Elle nous émeut parfois plus que nous le souhaiterions. Nous entrons dans un monde surprenant. L’auteur le reconnaît, «J’ai nourri une curiosité insatiable pour ceux qui ont croisé mon chemin».

J’ai choisi de vous présenter quelques personnages – les plus attachants ou les plus fous à mon goût.

J’ai beaucoup de tendresse pour la grand-mère de l’auteur, Marie Antoinette, paysanne corse, devenue veuve à vingt ans. Elle me rappelle ma grand-mère cévenole. Ses mains crevassées rendaient témoignage de la dureté de sa vie; mais, pour l’enfant qu’était Giudicelli elles sentaient l’aube d’été, la lavande et le savon de Marseille. Il prenait le bus et par des chemins buissonniers, arrivait chez celle qui ne prononçait qu’un mot: «miracolo». Pour elle, il était un ange. Il ne la détrompait pas, et cet amour inconditionnel devait le protéger pour le reste de sa vie.


La planète Nemausa



Une anecdote me fait sourire. Cette «mémé» corse était très pieuse. Elle allait à l’église comme on va au lavoir avec «l’idée qu’on lave son âme comme on lave son linge». Sur son petit mur de pierres, à quoi pense donc Marie Antoinette? Elle est heureuse, tout simplement, sur ce bout de planète qu’elle n’a jamais quitté.

L’histoire du marchand de journaux est triste mais ne dit-on pas que les histoires d’amour finissent mal en général? Dans sa minuscule échoppe, ce commerçant se fâchait en permanence contre sa femme. Un jour où il ne la vit pas, l’auteur interrogea le marchand qui lui dit que celle-ci était atteinte d’un cancer. Le mari sembla peiné et, les jours suivants, il ne tarit pas d’éloges sur la malade. Il recréa l’histoire de son couple à sa façon jusqu’au décès de Mado. Le magasin restera définitivement fermé. Le veuf s’était défenestré – peut-être pour se racheter de ses méchancetés? L’histoire nous raconte que sur son lit de mort, la défunte avoua à son mari son infidélité et quelques autres secrets bien gardés.




J’aime aussi cette rencontre avec Yachar Kemal, romancier et journaliste turc. Son combat pour la cause kurde transpire à travers le personnage principal de son premier roman «Mèmed le mince». Kemal a conscience que c’est le peuple qui parle à travers lui.


Cet écrivain, prix Nobel de littérature en 1972, a exercé de nombreux métiers: secrétaire dans une ferme, conducteur de moissonneuse-batteuse, gardien d’une bibliothèque ou personne ne venait lire. Dans son livre de contes, «Alors les oiseaux sont partis», il parle de vendeurs de colombes. Les acheteurs les laissent s’envoler pour porter un message au paradis. Kemal meurt en 2015. A lui désormais de recevoir les messages des colombes de notre planète.

La planète Nemausa

Ce livre est selon Bernard Pivot, «l’autoportrait d’un homme qui aime la beauté des œuvres et des corps, considère l’amour comme un don et un miracle, profite de l’instant et s’efforce de le prolonger».

A ce titre, d’ailleurs, il faut rajouter que l’auteur évoque régulièrement son homosexualité, dans des termes et avec un style que l’on pourra, selon son choix, trouver impudiques voire déplacés, ou au contraire sincères et sensuels.



La lecture de ce livre nous promène dans la nébuleuse et nous fait revenir tant bien que mal à nos astronomes. Lorsqu’ils ont découvert cette nouvelle planète à travers leur télescope, ils étaient sans doute heureux comme des enfants. C’est à travers l’œil de Christian Giudicelli que nous regardons notre planète. Elle est faite de multiples couleurs et nous la redécouvrons avec bonheur.



Martine BONNET



Photographie d'illustration : Damien Guillaume

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