La nouvelle théologie verte

Publié le : 2022-01-19 16:59:53

La nouvelle théologie verte

Christophe MONNOT (Maître de conférences en sociologie des protestantismes à la faculté de Théologie Protestante de l'Université de Strasbourg, chercheur à l'université de Lausanne) et Frédéric ROGNON (Professeur de philosophie des religions à la faculté de Théologie Protestante de l'Université de Strasbourg)  éditent chez Labor et Fides une importante réflexion autour des positionnements écologiques et théologiques du monde chrétien :  «LA NOUVELLE THEOLOGIE VERTE »

 

La nouvelle théologie verte

 

 LA NOUVELLE THEOLOGIE VERTE

Christophe  MONNOT, Frédéric ROGNON

Editions Labor et Fides - 2021

280 pages- 22.00 €

 

Ont également contribué à ce livre : 

 

  • Damien DELORME (docteur en philosophie et théologie, enseignant à l’Université de Genève et à l’Université Jean Moulin Lyon 3),

  

  •  Chris DOUDE VAN TROOSTWIJK (théologien néerlandais,professeur de philosophie éthique à la Luxembourg School of Religion & Society),

  

  •  Michel Maxime EGGER (sociologue et éco-théologien, orthodoxe), 

 

  •  François EUVE (agrégé de physique, professeur de théologie systématique aux Facultés jésuites de Paris),

 

  •  Martin KOPP (théologien écologique protestant, chercheur affilié à l'Université de Strasbourg),

 

  •  Catherine LARRERE (philosophe, professeure émérite à l’Université Paris-I-Panthéon-Sorbonne),

 

  •  Jürgen MOLTMANN (théologien allemand, professeur en Théologie à l’Université de Tübingen), 

 

  • Fabien REVOL (maitre de conférences à l’Université catholique de Lyon), 

 

  •  Otto SCHAEFER (théologien allemand, docteur en biologie végétale et en théologie protestante, pasteur éthicien de la Fédération des Églises protestantes de Suisse),

 

  •  Gérard SIEGWALT (professeur honoraire de théologie systématique à la faculté de Théologie Protestante de l'Université de Strasbourg)  

 

  •  Juan Carlos VALVERDE CAMPOS (professeur à l'Université Nationale du Costa Rica).

  

La préface est signée par l’archevêque de Constantinople, le patriarche Bartholomée Ier.

  

  

 

Christophe MONNOT  Frédéric ROGNON

   

Une présentation complète des auteurs figure à la fin du livre. Le fait qu’ils soient universitaires, de générations et de nationalités différentes, de courants chrétiens divers, renforce la richesse des travaux publiés.

  

Grâce à eux, les lecteurs vont s’interroger sur la place de l’humain dans son environnement et sur la prise en considération de la totalité de la création dans la théologie chrétienne.

 

L’anthropocentrisme du christianisme occidental est largement accusé des dégâts causés à l’environnement naturel.  Le récit biblique de la Création est alors lu comme une déclaration de Dieu selon laquelle l’homme domine la nature et dispose librement de ses ressources.  Le mandat donné par Dieu à l’homme de cultiver et de garder le jardin d’Eden, n’a guère influé sur l’exploitation abusive de la nature par l’homme.

 

Le livre s’ouvre sur l’apport de l’historien Lynn White qui conduit à la prise de conscience de la responsabilité du christianisme occidental dans la crise écologique. Avec une présentation de sa thèse « Les racines historiques de la théologie verte » (1967) et de deux écrits postérieurs « Continuing the Conversation » (1973) et « The Future of Compassion » (1978), Christophe Monnot entend revenir aux intentions originelles et réformatrices de Lynn White. (Chapitre1)

 

Les auteurs font régulièrement référence à la thèse de Lynn White. Ainsi Catherine Larrère s’appuie sur ces travaux pour s’interroger sur le caractère religieux des éthiques environnementales et sur l’abandon de tout spiritualisme dans l’écologisme. (Chapitre 2) 

 

Par ailleurs, au milieu des nombreux penseurs cités et publications commentées, une place particulière est donnée à Albert Schweitzer, (chapitre 4 par Chris Doude van Troostwijk) et à Jacques Ellul, (chapitre 5 par Frédéric Rognon).

 

L’encyclique Laudato si de François en 2015 est également bien présente au fil des pages ; car ce texte, au retentissement mondial, bien reçu dans le monde protestant, est une interpellation récente de la chrétienté sur les questions environnementales et la sauvegarde de la Création. Fabien Revol en approfondit le fondement : le concept d’écologie intégrale. (Chapitre 11)

 

Deux auteurs présentent d’autres pistes que celles proposées par la pensée chrétienne occidentale :

 

  •  Juan Carlos Valverde Campos plaide pour un retour aux valeurs essentielles des sociétés ancestrales d’Amérique Latine, marquées par une colonisation qui a invalidé leur vision du monde. Il met en évidence des notions et des pratiques qui pourraient être utiles face à la crise écologique. Il défend l’idée d’une écospiritualité latino-américaine. (Chapitre 13)

 

  • Michel Maxime Egger expose l’approche orthodoxe de l’écologie. En effet, le cadre du christianisme oriental permet d’aborder d’une autre façon les défis écologiques. L’auteur explique avec rigueur le panenthéisme, qu’il convient bien sûr de distinguer du panthéisme. Il veut réenchanter la création. (Chapitre 12) 

  

Trois chapitres sont consacrés à l’Anthropocène, (néologisme né en 2000) :

 

  • Gérard Siegwald brosse les caractéristiques de l’Anthropocène. Il y voit unjugement immanent, mais aussi le temps de Dieu pour un renouveau et le salut de l’humanité. Il invite à réfléchir sur l’Anthropocène à la lumière du témoignage prophétique des Ecritures et du sens de la théologie chrétienne de l’espérance. (Chapitre 8)

 

  • François Euvé envisage une théologie de la création moins patrocentrique et moins anthropocentrique, un retour à la théologie trinitaire pour ne plus être imprégné seulement de la puissance et de la domination du Père. Pour l’auteur, ce retour au récit évangélique est un retour à l’espérance. (Chapitre 9) 

  

  • Martin Kopp présente l’Anthropocène, l’ère de l’Homme, une ère non validée par les sciences géologiques, mais féconde en théologie, utilisée par les sciences de la Terre et les sciences humaines ou sociales. Il analyse les débats sur le concept d’intendance selon lequel les humains deviendraient des intendants efficaces de la Terre. (Chapitre 10)

  

Relire les Ecritures dans la perspective d’une théologie verte offre de nombreuses approches pour prendre en considération la nature, sans la sacraliser. Par exemple :

  

  •  Jürgen Moltmann promeut l’idée d’une « Réforme verte » dans la théologie, la spiritualité et le style de vie. (Chapitre 6). Il propose de substituer à la traditionnelle lecture anthropocentrique du récit de la Création une lecture écologique, non plus « à partir du commencement » mais « à partir de la fin », la vie du monde à venir. Il veut passer d’une domination brutale du monde à un amour cosmique.

 

  • Otto Schaefer revient sur la grâce, trop anthropocentrée et appauvrie par la modernité occidentale. Il propose de réhabiliter la grâce cosmique et de redynamiser l’idée de création (Chapitre 7)

 

  • Damien Delorme soutient un rapprochement entre d’une part « la nature désignant la réalité objective connue par les sciences visant l’idéal d’une vérité construite », d’autre part « la création désignant la réalité rapportée à Dieu-Créateur, pensée par les religions sous l’horizon d’une vérité révélée ». (Chapitre 3). Il s’agit de faire émerger de nouvelles relations entre nature et création, de réinventer les rapports entre sciences, théologie et politique. L’auteur examine les mouvements de convergence possibles : voie sacramentelle, voie naturaliste et voie des luttes intersectionnelles.

   

En conclusion de « LA NOUVELLE THEOLOGIE VERTE », Christophe MONNOT et Frédéric ROGNON résument les idées partagées mais aussi les tensions entre les diverses polarités de l’écothéologie. S’il existe des freins à la recherche et si la solitude des penseurs permet toujours de les qualifier de précurseurs, un énorme champ d’investigations se trouve désormais devant les écothéologiens.  

 

Pour les débats et perspectives qu’il ouvre, il ne faut pas passer à côté d’une telle publication.

  

Brigitte EVRARD

  

Vidéo de présentation du livre par les auteurs : 

   

  

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