L'homme précaire ou l'esprit de prière

Publié le : 2022-03-17 12:29:26

L'homme précaire ou l'esprit de prière

Dans ce livre Didier Travier (D.T.) s'interroge sur les pré-requis de la prière. Non pas la manière de prier, sa forme, son contenu, sa fréquence mais "le sens de l'acte de prier" dans le contexte d'une pensée sécularisée où l'on ne croit plus en un Dieu en tant que personne toute puissante telle que la tradition chrétienne l'enseigne. L'auteur développe sa pensée dans la position de l'humanisme athée bienveillant envers le christianisme. Un humanisme athée qui tout en croyant à la nécessité de la spiritualité et des bienfaits de la prière, ne croit plus à l'intervention providentielle du Dieu personnel des catéchismes chrétiens, croyance que D.T. s'attache à déconstruire : "Il nous faudra donc nous tenir en éveil contre cet imaginaire de la personne" dans le but, précise t'il, de cheminer vers "une foi adulte" (pp. 9-10, voir aussi p. 37)

  

  

L'homme précaire ou l'esprit de prière, 

Didier Travier,  

Ampelos, 2021, 104 p.  9€ 

 

Cette compréhension de Dieu et de sa révélation me semble partir de la philosophie des lumières telle que Kant l'a promue : "Mais nous modernes, nous ne pouvons partir que de l'homme... une démarche qui conteste la possibilité de tout énoncé sur Dieu" (p. 11 et note 4 p. 31, voir aussi p. 23), c'est "la prière de l'homme moral" (p. 35).

  

 

 

Didier Travier

  

Le thème de la précarité de l'homme dans toutes ces dimensions et compétences (voir les titres des différents chapitres : corps précaire, volonté précaire, désir précaire, parole et confiance précaires), parcourt tout le livre. Cette précarité nécessite par conséquent d'adopter une approche apophatique (*)  sur la connaissance de ce Dieu que l'on prie. Reste à définir pour notre auteur ce qu'est Dieu s'il n'est pas une personne : "Un témoin plus intérieur que le partenaire humain" ; "un autre" ; "l'inconnu" ; "le sans-nom" ; "le sans-visage" (pp. 31, 36, 52). D.T. invite son lecteur à se méfier des conceptions anthropomorphiques de Dieu utilisées dans la Bible, notamment celle du "Père" qui n'est autre qu'un père terrestre sublimé. Prier sera donc "un acte d'abandon, une confiance et une espérance sans objet déterminé, sans destinataire connu, sans raison assurée... croire n'est donc plus croire en quelqu'un" (p. 98. 101, c'est nous qui soulignons).

  

Conclusion : ce livre est un commentaire du "Notre Père" dans une approche philosophique d'un humaniste athée. D.T. ne recule pas devant les propres difficultés d'une telle approche : comment concilier le "tu" de la prière si Dieu n'est pas une personne et si l'on ne peut s'adresser à une personne réelle ? D.T. pense que l'homme - être de langage - est un être de relation et c'est cette altérité qui s'exprime dans le langage du "Notre Père", pas plus : une "ouverture essentielle du moi à ce qui n'est pas lui" (p. 96). Ceci étant dit, on ne sait toujours pas qui est cet autre que lui. On pourrait tout aussi bien dire en gardant la même logique de l'auteur concernant le "père sublimé" dans l'image du Père tout puissant des chrétiens, que dans l'approche de D.T. le priant se leurre car en pensant prier un autre que lui qui ne peut être une personne au delà de lui, il ne ferait que se prier lui même tel qu'il se fantasme, un autre sublimé. Où est le déplacement du soi lié à l'altérité dans ce cas ?

  

Thierry Rouquet

   

 

(*) La théologie apophatique : on ne peut rien savoir sur ce de Dieu car dès qu'on s'en approche il s'éloigne d'autant plus que l'on croit l'avoir rencontrer, on va donc le définir plutôt par ce qu'il n'est pas que par ce qu'il serait censé être.

 

 

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