Homosensibilité et foi chrétienne

Publié le : 2022-09-06 13:48:57
Catégories : Recensions

Homosensibilité et foi chrétienne

Nicole Rochat est pasteure de l'Eglise Réformée du Canton de Neuchâtel et responsable du service Couple, enfance et famille. Si le terme "homosensibilité" est utilisé dans ce livre, c'est pour ne pas réduire les personnes qui sont attirées par des personnes de même sexe seulement à un critère sexuel mais pour tenir compte aussi de l'orientation intérieure de la personne ce qui inclue aussi ses affects. 

  

 

 

Dans ce livre, l'auteur passe au crible les textes de la Bible concernant l'homosensibilité en distinguant ce qui appartient à la culture de l'époque et le message "spirituel" qu'il faut tirer de ces textes : "La sexualité, à l'époque de la Bible, exprime des rapports de domination qui ne sont pas admissibles aujourd'hui." (p. 46). En lien avec ces rapports de domination des êtres et les relations sociales qui en découlaient, si l'homosexualité est condamnée dans certains textes bibliques c'est parce qu'elle ne respectait pas les conventions sociales de l'époque, mais cette condamnation ne visait pas les relations sexuelles elles mêmes mais la transgression des rôles (exemple de  Sodome et Gomorrhe ou les textes du Lévitiques18 et 20). Pour d'autres textes, ces condamnations visaient la prostitution sacrée à proximité du temple comme en Deut 23, 17-18. 

   

   

Homosensibilité et foi chrétienne

Nicole Rochat 

Editions Olivétan, 250 pages, 19 € 

  

L'auteur estime que le terme hébreu "tô'évâh" traduit par "abomination" s'applique à des comportements rituels inadaptés où parfois la sexualité pouvait jouer un rôle, or ces règles rituelles n'ont plus cours aujourd'hui. A noter un long traitement consacré au lien d'amitié entre David et Jonathan : pour notre auteur, la relation décrite dans ce texte peut faire penser à une relation homosensible. Quant au N.T., s'il condamne l'homosexualité c'est quand celle-ci "humilie et rabaisse... Le N.T. ne dénonce pas la sexualité avec une personne de même sexe lorsque cette relation épanouit..." (p. 89).

 

  

Nicole Rochat 

   

On pourra avoir quelques doutes sur l'exégèse de certains textes de l'A.T., regretter aussi l'utilisation abondante de l'argument du silence, notamment sur l'attitude de Jésus (pp. 93-100) : il ne donne aucun interdit contre l'homosensibilité, il ne nous dit pas pourquoi et comment il aimait tout particulièrement Jean, il ne dit rien sur tel ou tel acte qui nous éloignerait de Dieu, les textes ne nous donnent pas de précision sur sa relation avec Marie Madeleine, du coup l'auteur émet l'hypothèse qu'il aurait peut être eu une vie sexuelle active avec elle etc... L'auteur justifie l'utilisation de l'argument du silence : "... aussi bien dans la lecture rabbinique que dans l'analyse littéraire contemporaine, les blancs et les silences du texte sont reconnus comme ayant une importance considérable." (note 9, p. 97). On peut s'interroger sur cette importance "considérable" ?

  

Mais c'est surtout au niveau global de la théologie qu'on saisit les principes relativistes et pluralistes qui dirigent cette étude de l'homosensibilité : l'auteur pense que les Ecritures ne nous donnent pas des critères éthiques normatifs car Dieu compose dans le temps avec les différentes situations humaines pour répondre aux besoins des hommes : "... Dieu semble entendre le besoin de son peuple et s'y adapter.". La révélation ne s'arrêterait ni à Jésus ni à l'Eglise naissante : "la révélation de l'Esprit ne s'est pas arrêtée au 1er siècle, mais continue aujourd'hui... Les temps ont changé; pour Dieu, dans l'aujourd'hui de se révélation, l'homosensibilité n'est pas un problème." (p. 132, c'est nous qui soulignons)

  

Conclusion : il est nécessaire sur un tel sujet qui divise les églises d'entendre ces arguments et d'éviter d'avancer avec des idées toutes faites sans prendre le temps d'entendre les voix "discordantes". Comment distinguer la droite de la gauche sans être capable de prêter un minimum d'attention à tous les arguments ? Il est aussi vrai que les questions relevant de la sexualité sont encore des sujets tabous dans les églises, ce livre peut ouvrir le débat en favorisant une approche positive de la sexualité et non coercitive (voir le chapitre "Pour que les Eglises favorisent une approche positive de la sexualité"). En définitive on en revient toujours à la question du rapport aux Ecritures et de son statut et donc de son interprétation. Une autre question soulevée dans ce livre est notre rapport à la culture : dans quelle mesure le lieu où nous nous trouvons influence t'il notre lecture du texte pour orienter notre compréhension avec toujours ce risque de faire dire au texte ce que nous souhaitons qu'il nous dise ?

 

Thierry Rouquet

  

Vidéo de présentation du livre par l'auteure : 

  

 

 

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