Eve la première femme

Publié le : 2022-07-15 16:14:24
Catégories : Recensions

Eve la première femme

Déambulation à la recherche d’Eve, une femme aux multiples visages, un des acteurs de la création et de la chute selon la Bible.

« Eve est une, Eve n’est personne, Eve est cent mille », note la théologienne italienne Cristina SIMONELLI, dans un ouvrage paru aux Editions Salvator : « EVE. LA PREMIERE FEMME ».

 


 

Eve la première femme.

Cristina Simonelli

Editions Salvator – 2022

197 pages – 20.00 €

 

Dès le prologue, Cristina SIMONELLI précise le cadre de sa réflexion : elle est occidentale, chrétienne, théologienne et féministe. Et catholique peut-on ajouter car les doctrines de cette Eglise l’influencent également.

 

Titulaire d'un doctorat en histoire et en littérature de l'Antiquité chrétienne, elle enseigne la théologie patristique à Vérone et à Milan. Elle puise d’ailleurs à ces sources anciennes et dans une littérature plus récente pour enrichir les discussions de son livre.  

  

  

Cristina Simonelli

  

Dans « Eve. La première femme », Cristina SIMONELLI présente d’abord Eve, avant de mettre davantage l’accent sur le couple, la transgression et la maternité d’Eve. 

Bien au-delà d’une étude consacrée à la première femme, l’autrice veut rendre irréfutable l’hypothèse suivante : L’Eden n’est pas l’origine, mais l’original, il n’est pas le passé mais le futur attendu et promis. Et plutôt que d’y voir l’harmonie comme un âge d’or perdu, pourquoi ne pas y discerner la destination et la vocation finales.

Les quatre chapitres du livre deviennent quatre salles à explorer par les lecteurs, quatre pièces qui communiquent entre elles et sont remplies d’objets. Chacun est libre d’y faire des pauses ou des séjours plus longs. Il peut faire une traversée linéaire ou pas, explorer les cavités ou pas ou encore les visiter selon des logiques variées (historiques, narratives, théologiques…). 

 

  • Le parcours commence par le vestibule où l’autrice étudie les premiers chapitres de la Genèse, considérés comme le récit de base de la Création du monde et de la Chute (même si les cosmogonies mésopotamiennes ont pu l’inspirer). 

 

  • Puis dans la deuxième salle, l’autrice présente un être double, mâle et femelle, unique et en même temps différencié. Adam et Eve, le couple originel se rencontre : elle ne dit rien, il se parle plutôt à lui-même, il parle d’elle mais pas avec elle. Un départ raté s’interroge l’autrice qui emprunte plusieurs chemins pour y réfléchir.

  • La troisième salle concerne la transgression. L’autrice commente le récit biblique et plusieurs interprétations ouvertes par la littérature adamique intertestamentaire, des narratifs apocryphes, les traditions chrétiennes et même quelques spéculations gnostiques. Les chrétiens occidentaux ont finalement opté pour une lecture figée et caricaturale de la Genèse, et construit le « péché originel ». L’autrice en étudie les tenants et les aboutissants.

  • La quatrième salle invite à réfléchir sur ces deux archétypes maternels que sont Eve et Marie. 

  

Cristina SIMONELLI met en évidence les enjeux derrière certaines lectures d’écrits bibliques souvent complexes.   

 

Par exemple, elle questionne le substantif adam - adam/humanité et Adam/homme-mâle - : car qui est créé à l’image de Dieu ? qui doit dominer la création ? à qui Dieu pose-t-il la question « où es-tu ? »

 

Elle interroge les interprétations (particulièrement les plus misogynes) de l’histoire d’Eve : sa création à partir d’un homme, son regard sur le fruit de l’arbre de la connaissance du bien et du mal, son dialogue avec le serpent, l’attribution de la culpabilité, etc. …

  

Pour Cristina SIMONELLI, observer Eve ne signifie pas contempler le passé, mais se tourner vers un avenir où s’installeraient l’équité dans les questions de genre et l’absence de domination d’un sexe sur l’autre dans le respect de leurs différences.

 

Eve, ainsi nommée parce qu’elle est la mère de tous les vivants, est donc loin d’avoir un rôle secondaire. Son nom s’écrit en trois consonnes (YWH) et il suffit d’en ajouter une quatrième, le yod, pour obtenir le tétragramme représentant le nom de Dieu (YHWH).

 

 L’autrice n’oublie pas Dieu dans sa paternité maternelle. 

 

Dans « Eve. La première femme », Cristina SIMONELLI développe sa thèse en spirale. Elle ouvre constamment au lecteur d’autres itinéraires que ceux proposés traditionnellement. 

 

Ecrit par une intellectuelle érudite, ce livre s’adresse à un lectorat qui lui ressemble. Il est d’une grande richesse et parfois surprenant.

 

Brigitte EVRARD

 

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