Etre soi, découvrir la pensée de Kierkegaard, un théologien incontournable

Publié le : 2022-01-06 15:21:17
Catégories : Recensions

Etre soi, découvrir la pensée de Kierkegaard, un théologien incontournable

Philippe Chevallier est un philosophe qui nous donne avec cet essai une belle porte d'entrée à la pensée du philosophe Danois Søren Kierkegaard (1813-1855, désormais S.K.). Mais disons le tout de suite, si cet ouvrage nous permet de mieux apprécier l'œuvre de S. K., l'écriture est serrée, la lecture en sera d'autant plus exigeante.  

 

 Philippe Chevalier

 

 Philippe Chevalier

 

Le préambule du livre "bâtir dans un fond qui est tout à moi" (expression de Descartes) introduit bien le travail du penseur danois qui a cherché à repenser la vie et les questions de l'existence à partir de soi, s'efforçant ainsi de rejeter ce qui était peut être trop facilement accepté sans la vérification du "soi", instance vitale pour penser les choses avant de les croire et les vivre pleinement.

Mais ce penser-de-soi ne s'abime pas dans une contemplation béate ou de "la fière authenticité" (p. 10). On est donc loin des théories du développement personnel dont les livres remplissent de plus en plus l'espace des rayonnages de certains lieux de culture. 

 

Etre soi, une introduction à Kierkegaard,

Philippe Chevallier

Editions Labor & Fides, 2020

191 pages, 

18€

 

C'est le premier chapitre qui va situer la pensée du philosophe tout d'abord dans le contexte du romantisme (fin XVIII début XIX), dans la réaction aux grandes synthèses philosophiques (celle d'Hegel par exemple) : faire entendre une autre voix favorisant l'intuition, le sentiment "des expériences d'abord individuelles, difficilement communicables, contrairement à l'observation et à l'explication." (p. 22).

Mais chez S.K., ces intuitions si elles sont personnelles par définition, doivent engager leur auteur et ne pas rester des expériences. Trouver une vérité certes, mais une vérité pour laquelle dira t'il "je veux vivre et mourir" (p. 30). Un retour sur soi, une recherche d'intériorité mais dans l'engagement, seul moyen d'échapper au gouffre d'une liberté pour elle même, vertigineuse.

On voit bien ici l'influence sur J.-P. Sartre ou même J. Ellul. S.K. voit cet engagement dans le sens d'une  vocation donnée par Dieu, bouée de sauvetage à l'ivresse d'une liberté aliénante. Philippe Chevallier commente ici "Je ne saurai qui je suis vraiment que dans la mesure où j'aurai découvert ce que je dois faire de ma vie." (p. 45)

J'ai trouvé intéressant mais très problématique du point de vue théologique, le chapitre quatre sur la notion d'amour chez S.K. qu'il envisageait comme une "éthique au delà d'elle même" avec son interprétation du "saut éthique" dans la situation d'Abraham devant sacrifier son fils Isaac.

D'autre part, si S.K. comprenait l'amour du prochain de façon concrète, son application au sein d'une communauté de foi fut impossible à réaliser et obscure dans sa réflexion. Les communautés existent mais elles sont des pis-aller. On sait la fin de vie de S.K. et sa critique véhémente contre les responsables religieux de l'église luthérienne de son pays, même si elle est compréhensible au regard de ce qu'il a souffert.

Cette introduction à la pensée de S.K. nous invite à nous positionner plus clairement dans nos choix de vie, à comprendre nos vies comme une vocation, un appel à agir sans se cacher derrière des scrupules religieux qui parfois peuvent être invoqués pour éviter le risque de l'engagement de la foi.

C'est ce que S.K. nomme "le devoir d'aimer" à partir de la parabole du bon samaritain. Décider d'aimer et l'assumer jusqu'au bout "Quête d'une vie authentique, assumant l'inquiétante étrangeté de notre séjour ici-bas, dans le possible imminent de la mort." (p. 183).

Thierry Rouquet

Table des matières

Préambule – « Bâtir dans un fonds qui est tout à moi », p. 7

Chapitre premier – Kierkegaard en son temps, p. 17

Les révoltes du moi moderne, p. 17
Trouble dans le moi, p. 27
Se réveiller ou se noyer, p. 41

Chapitre II – L'homme ordinaire et l'éthique, p. 49

La notion de « monde éthique » : Kierkegaard lecteur de Hegel, p. 53
Le choix de soi : le repentir, p. 59
Le choix d'autrui : le mariage, p. 72
Chaque homme en sa vocation, p. 81

Chapitre III – Fragilité essentielle de l'éthique, p. 99

Le fondement absent, p. 101
Intermède : Alice, le Dodo et le dé à coudre, p. 112
Les paradoxes de l'incommensurable, p. 118

Chapitre IV – L'éthique au-delà d'elle-même : l'amour, p. 133

Le Dieu de Kierkegaard, p. 135
L'amour comme commandement, p. 147
Ce qui nous fait uniques, p. 163

Conclusion, p. 179

Repères bibliographiques, p. 187
Remerciements, p. 189

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