Panorama historique d'une institution ecclésiale : L'Eglise réformée de France

Publié le : 2021-06-11 11:33:59
Catégories : Recensions

Panorama historique d'une institution ecclésiale : L'Eglise réformée de France

Dans la collection "Etudes d'histoire et de philosophie religieuse", N° 89, les éditions Classiques Garnier nous gratifient d'un livre remarquable sur l'histoire de l'E.R.F. (acronyme ancien puisque aujourd'hui cette union d'églises a pris le nom d'EPUdF).

Le panorama historique s'en tient aux bornes des années 1938 et 2013 tout simplement parce qu'il s'agit des dates respectives de sa création et de sa dissolution pour la réunification avec l'Eglise luthérienne.

L'Eglise réformée de France (1938-2013), Une présence au monde

Anne Dollfus & Pierre-Yves Kirschleger

Paris, Classiques Garnier

2021

448 pages

32€

Il faut souligner et féliciter les auteurs pour la rigueur de ce parcours historique qui prend en compte de nombreuses sources, plus particulièrement les actes des synodes nationaux mais aussi de nombreux autres documents : revues, journaux, archives diverses et entretiens.

Ce livre comble un vide sur l'histoire de cette institution ecclésiale, il manquait en effet une étude historique complète sur cette institution de son origine jusqu'à la refonte dans l'Eglise Protestante Unie de France (EPUdF).

Cette lacune n'est pas anodine, elle reflète dans la théologie protestante une forme de désacralisation de l'institution ecclésiale au profit de la communion autour du texte biblique et des sacrements ce qui entraîne la recherche historique protestante non pas sur l'histoire de ses institutions mais sur d'autres champs d'investigation : histoire de la théologie protestante, des mentalités, de sa spiritualité etc...

Le livre suit un plan chronologique en six grandes parties :

 

- Le contexte  historique et théologique qui dès la fin du XIXème et au début du XXème siècles a conduit les protestants réformés à s'unir en 1938 après d'âpres luttes intestines.

 

- la période de la 2ème guerre mondiale; l'après guerre ; les " vingt glorieuses" (1960-1980) ; puis les difficultés de maintenir le pluralisme au sein de l'institution ("La crise de l'avenir" p. 327) ; enfin un épilogue retraçant le chemin vers l'unité luthéro-réformée dans une même institution.

 

Ce livre présente ne recherche historique difficile à mener tant l'ERF fut traversée par des tendances théologiques nombreuses et parfois concurrentes.

C'est encore le cas aujourd'hui, raison pour laquelle elle peine à assumer l'héritage de ce pluralisme théologique ( la création en son sein du mouvement des attestants).

En dépit de ce pluralisme, les auteurs sont parvenus à donner la parole à l'ensemble des tendances et des personnalités qui ont façonné cette institution tout en restant sur le ton relativement neutre et non partisan, sans cacher non plus les faiblesses de l'institution ni les difficultés rencontrées avec le courant évangélique en son sein ou même actuellement avec le CNEF.

 

Ils soulignent notamment que le nom même d'une Eglise "Protestante Unie de France" a pu laisser croire à "une tentative de récupération de l'identité protestante" par le courant luthéro-réformé (p. 420).

Les auteurs terminent par une proposition en suspension : "Cinq cents ans après sa naissance, le protestantisme doit peut être une nouvelle fois se réformer pour se réinventer..." (p. 427).

Il n'est pas sûr que les fondateurs du protestantisme, Luther et Calvin pour ne nommer qu'eux, aient compris la réforme de l'Eglise comme une réinvention (La lettre de Jean Calvin au roi François Ier dans l'introduction à L'Institution à la religion Chrétienne, Kerygma/Excelsis, 2009 )

 

" Ecclesia reformata semper reformanda "disaient les piétistes du XVIIème siècle : "L'Eglise est toujours à réformer", est-ce à dire qu'elle doit se réinventer continuellement ? Un aggiornamento de l'Eglise conduit il à une refonte voire une remise en cause des déclarations de foi ? 

Thierry Rouquet

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