De la paix aux résistances - Les protestants en France

Publié le : 2016-04-18 10:47:01

De la paix aux résistances - Les protestants en France

Patrick CABANEL

De la paix aux résistances

Les protestants en France

1930-1945

Fayard – 427 pages – 23,00 €





L’auteur, ancien élève de l’École Normale Supérieure, agrégé et docteur en histoire, directeur d’études à l’EPHE, président ou membre actif de nombreuses institutions et associations dont la Société d’Histoire du Protestantisme Français (SHPF), auteur d’une vingtaine d’ouvrages et d’innombrables articles, études et conférences, nous propose avec son dernier livre une analyse complète et passionnante de l’attitude des protestants français pendant la deuxième guerre mondiale.




En préambule, Patrick Cabanel présente un aperçu de la position des protestants français face à la montée du nazisme en Allemagne, beaucoup d’entre eux passant progressivement du pacifisme absolu à la nécessité de s’armer, en particulier à la suite de l’accord de Munich. Un exemple éclatant de cette tendance est celui de l’écrivain André Chamson. Cette période est marquée par l’expérience de l’Église Confessante et en particulier la condamnation et l’envoi en camp de concentration du pasteur Martin Niemöller. L’auteur signale alors l’influence décisive du théologien suisse Karl Barth.



De la paix aux résistances - Les protestants en France


À la suite de la défaite des troupes françaises et de la signature de l’armistice, les protestants français sont, comme tous leurs compatriotes, partagés entre adversaires et partisans de Pétain. Ce dernier fascine une partie de l’opinion par son passé, son moralisme, son autorité. Dix-neuf parlementaires protestants contre trois (une abstention et cinq absents) votent les pleins pouvoirs. Boegner, président à la fois de la FPF et de l’ERF, est le symbole de cette adhésion. Cependant, dès le premier statut des Juifs (3 octobre 1940), une fissure apparaît qui ne cessera de s’accroître avec l’aggravation de la politique anti-juive, et la rupture est presque totale avec le second Statut du 2 juin 1941. Toutefois Patrick Cabanel rappelle l’existence, très minoritaire, du mouvement protestant Sully, foncièrement antisémite et qui persistera jusqu’à la fin de la guerre.

Le point fort de cette évolution se situe à la rencontre de Pomeyrol (Bouches du Rhône) en septembre 1941 avec seize participants dont Willem Visser't Hooft, trois laïcs: Suzanne de Dietrich, Madeleine Barrot et René Courtin, et douze autres pasteurs. Il en ressort les fameuses thèses dont la 7e: Fondée sur la Bible, l’Église reconnaît en Israël le peuple que Dieu a élu.

Au cours de cette période dramatique est née une institution protestante, encore active aujourd'hui, la Cimade. Elle a été créée le 22 décembre 1939 pour venir en aide aux réfugiés alsaciens, évacués dès la déclaration de la guerre, bien avant le début des hostilités, dans le sud-ouest. Mais très vite elle élargit sa mission auprès des étrangers et des juifs internés dans des camps institués par le gouvernement de Vichy. Parallèlement à celle-ci de nombreuses initiatives se développent. Patrick Cabanel expose en particulier celles du pasteur Manen au camp des Milles, près d’Aix en Provence, et des pasteurs Trocmé et Theis au Chambon sur Lignon en Haute-Loire. Le Chambon est d’ailleurs devenue une des deux seules communes à recevoir le statut de «Juste», l’autre étant Nieuwlande aux Pays-Bas.


De la paix aux résistances

Patrick Cabanel distingue deux types de refuge organisés par les protestants: le premier concentré, dont le modèle est le Chambon, et le deuxième dispersé, dont les Cévennes lozériennes et gardoises.

L’instauration du STO en février 1943 est rejetée unanimement par la communauté protestante et le 2 mai, le conseil national de la FPF rédige et fait lire en chaire un message la condamnant.

Patrick Cabanel rappelle les deux orientations protestantes de la résistance, d’où le pluriel du titre, spirituelle et militaire. La première est incarnée par le pasteur Trocmé, qui refusera jusqu’à la fin l’usage des armes (1), et la deuxième par le pasteur Olivès qui créa le maquis d’Ardaillès. Certains basculeront du pacifisme à la prise d’armes, dont l’exemple le plus tragique fut incarné par le professeur Jacques Monod, profondément pacifiste et mort au combat le 20 juin 1944.



En conclusion, ce livre porte sur une période de l’histoire d’une minorité solidaire et active, dont le passé reste présent dans les mémoires. Mais il a aussi pour objet de soulever des questions essentielles de cohérence (jusqu’où peut-on être pacifiste?), de respect des autorités (jusqu’où doit-on obéir?) de sacrifice de soi (jusqu’où peut-on s’abstenir?) et bien d’autres encore. Peut-être, pour être totalement complet, Patrick Cabanel aurait-il pu développer l’importance du mouvement pacifiste chez les protestants de l’entre deux guerres, mais avec le risque d’augmenter la taille d’un livre déjà important. À noter la présence d’un index des noms bien utile.


Bernard Steinlin

Produits associés

  • Chère Mademoiselle… Alice Ferrières et les enfants de Murat, 1941-1944 – Calmann-Lévy, 2010

  • Résister. Voix protestantes – Alcide, 2012 





(1) Il ira jusqu’à protéger des soldats allemands en déroute, ce qui le mettra en danger face à des «résistants» de la dernière heure.

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