De l'autorité d'une Parole à interpréter

Publié le : 2022-06-30 17:30:32

De l'autorité d'une Parole à interpréter

Dans le protestantisme, le synode est une assemblée où les délégués des églises locales décident ensemble les orientations de la vie de l'Église. Synode signifie d’ailleurs "faire route ensemble". L’Église protestante réformée d’Alsace et de Lorraine (EPRAL), qui prend régulièrement l’initiative de faire paraitre le fruit de ses réflexions synodales, publie aux éditions Olivétan des échanges de la période 2017-2020 sous le titre « De l'autorité d'une Parole à interpréter », suivi de « l’Eglise face au défi sociétal et pandémique. » 

 

 

  

 

De l'autorité d'une Parole à interpréter 

Collectif

Editions Olivétan -2022

100 pages - 14 € 

 

 

Trois théologiens, professeurs en faculté de théologie protestante, traitent de l’autorité et de l’interprétation des Ecritures. 

 

  • Pour Rémi GOUNELLE, reconnaitre une autorité aux Ecritures c’est reconnaitre leur légitimité et leur faire confiance. Cette affirmation le conduit à évoquer les polémiques qui ont accompagné la formation du Canon des Ecritures. L’auteur retrace l’histoire du choix des livres retenus dans la Bible, évoque les critères de sélection de ces textes et la place des autres normes. Des schémas permettent au lecteur de visualiser les discussions de ce chapitre, notamment autour de deux notions indissociables : autorité du Canon et inspiration des écrits. Les enjeux et les conséquences de l ’interprétation des Ecritures sont posés.

 

  • Madeleine WIEGER s’interroge sur la manière d’appliquer concrètement le troisième principe de la Réforme :  Sola Scriptura. Elle présente les échanges synodaux sur le rapport personnel du croyant à la Bible, la nécessité d’interpréter l’Ecriture, la lecture partagée de la Bible en Eglise. Elle débat du discernement des écrits bibliques comme parole divine, de la façon dont ils font autorité alors qu’ils sont rédigés et lus par des hommes, que leur contexte est étranger au nôtre, qu’ils sont difficiles à comprendre, se prêtent à diverses lectures et doivent être interprétés. Ce chapitre reflète la richesse des points de vue exprimés et permet d’imaginer une Sola Scriptura pour notre temps.

  

  • Elisabeth PARMENTIER revient sur la conviction des croyants pour qui la Bible fait autorité comme lieu de révélation fiable de Dieu, source et norme de la foi, vérité de la relation vivante avec Dieu. La Parole de Dieu est Jésus-Christ et apporte le Christ. On ne fait pas n’importe quoi avec elle. L’autorité de la Bible est liée à des méthodes interprétatives qui doivent se laisser inspirer par le Saint Esprit et conduire à discerner la Parole de Dieu. L’autrice rappelle aussi le délicat travail de constitution du texte biblique, la nécessité de lectures plurielles et l’existence inévitable des divergences de compréhension des Ecritures. Ce chapitre d’ouverture éloigne de toute velléité d’interprétation à la lettre et encourage au dialogue.

  

Les six chapitres de la seconde partie du livre s’intéressent à l’avenir du protestantisme.

  • En juin 2018, le pasteur François CLAVAIROLY (président de la FPF) s’interroge sur les opportunités et les perspectives du protestantisme français.

  •  En juin 2019, Félix MOSER (professeur émérite de la Faculté de théologie protestante de Neuchâtel) évoque les attentes envers les Eglises dans un monde de l’immédiateté. 

  • Puis en 2020 arrive une crise sanitaire aux conséquences inédites. L’homme moderne reprend conscience de sa fragilité et de son interdépendance avec les autres. Dès juin 2020, le pasteur Christian KRIEGER (alors président de l’EPRAL) pose la question de l’essentiel pour l’Eglise dont les activités avaient été suspendues. Il commente à cet effet sept mots : désert, questionnement, résonnance, collaboratif, inédit, accélérateur de changement, éphémère.

 

  • L’historien Patrick CABANEL revient sur une période historique du protestantisme français, mettant en évidence sa capacité à réagir pour survivre : le Désert, à la fois confinement dans les Cévennes sans internet et ouverture grâce aux cultes en plein air et aux liens avec l’Europe. Il choisit de conclure le chapitre avec une leçon : la nécessité d’éviter deux écueils, croire les pasteurs dispensables, les croire indispensables.

  

  • Le pasteur Fritz LIENHARD (professeur à la faculté de théologie de Heidelberg) veut penser théologiquement deux aspects du défi adressé par la pandémie aux Eglises : l’ébranlement des certitudes et la communication de l’Evangile dans un monde numérisé et virtuel, avec un zoom sur la religion en ligne et les cultes numériques. C’est le chapitre le plus long, à ne pas lire superficiellement, avec une conclusion optimiste.

 

  • Samuel AMEDRO (pasteur de l'Église protestante unie de France) examine les sept défis capitaux des Eglises sur le Web, parodiant l’Ecclésiaste : « jette ton pain à la surface du Web, car avec le temps tu le retrouveras ». Il observe Internet à la lumière de la conception réformée du témoignage chrétien : gratuité, partage, décontraction, culture du participatif et du collaboratif, proximité, liberté, égalité. Ce chapitre interpelle les lecteurs confrontés au développement des usages du Net.

 

Cet opuscule est facile à transporter : 197 grammes ! Mieux vaut ne pas se fier au 100 pages annoncées, compte tenu de son format (17,5 x 25,5) et d’un texte dense, sur deux colonnes… 

 

C’est un livre d’une grande profondeur, à l’attention de tous ceux qui souhaitent réfléchir à l’autorité et à l’interprétation des Ecritures, ou aux conséquences pour l’Eglise des bouleversements sociétaux et de la Covid-19.

 

Brigitte EVRARD.

 

 

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