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Wilfred Monod, au service du christianisme social

Publié le : 2018-07-02 11:30:59
Catégories : Recensions

Wilfred Monod, au service du christianisme social

Les éditions Olivetan ont eu il y a plusieurs années l’excellente initiative de créer une collection « Figures protestantes » qui rappelle l’action de grandes figures du protestantisme français du XIXe et du début du XXe siècle.

 

Au sein de cette collection, l’ouvrage concernant Wilfred Monod (1867-1943) se remarque, car il est spécialement abouti et rend un juste hommage à un pasteur dont le nom est  largement oublié aujourd’hui alors que sa réflexion et ses engagements restent très proches des débats actuels du protestantisme .

Wilfred Monod, pour un Evangile intégral

Laurent Gagnebin

Editions Olivetan

Collection Figures protestantes

2018

117 pages

15 €

 



Par ailleurs, Laurent Gagnebin, l’auteur de cette biographie, rédacteur de nombreux ouvrages qui constituent autant de références dans le protestantisme libéral, est un spécialiste de Wilfred Monod, à qui il a consacré sa thèse de doctorat, et dont il partage les principaux engagements. Ses qualités pédagogiques bien connues et sa force de conviction apportent beaucoup à ce livre. Sa lecture est facile, toujours vivante, grâce à la concision et l’élégance  du style.

Les deux premiers chapitres résument la vie et l’œuvre de Wilfred Monod, qui appartient à une « dynastie » protestante très connue, dont chaque génération comporte  des personnalités emblématiques très engagées auprès de leur confession (le fils de Wilfred, Théodore, sera par exemple « l’homme du désert »). Ils contiennent quelques développements particulièrement émouvants, comme  celui où le professeur de théologie mit fin à sa mission d’enseignement après avoir eu l’humiliation d’arriver un jour devant un amphithéâtre vide.

Les orientations théologiques de W.Monod doivent beaucoup à une sensibilité issue du méthodisme anglo-saxon et à un christocentrisme qui imprégneront son action pastorale et universitaire en  dépit d’une inclinaison forte vers certains aspects du libéralisme.

 

L’œuvre elle-même est dominée par les recueils des multiples prédications délivrées chaque dimanche à des auditoires très divers avec une grande force de conviction.

 

Ses engagements, présentés dans la deuxième partie de l’ouvrage, reposent sur le christianisme social et la dimension spirituelle.

 

Monod n’est, de manière assez surprenante, ni un promoteur ni un défenseur de la loi de 1905 sur la séparation des Eglises et de l’Etat. Il estime en effet que l’Eglise ne doit pas se cantonner au culte et même au religieux. Le chrétien doit  pour lui être concrètement engagé dans le monde pour le bien commun et pas seulement pour le salut individuel. Ce messianisme social a dominé ses sermons. Mais la dimension « sociale-chrétienne » qu’a toujours promue Monod n’a pas eu en France l’écho rencontré à l’étranger. 

D’autres aspects également novateurs et à l’époque assez iconoclastes  de son message (la place de la femme, le soin à apporter aux animaux…) sont dévoilés.

Le volet « spirituel » de la pensée de Monod  est moins précisément analysé, probablement parce qu’il apparaît moins central que le volet social. Il eût été pourtant intéressant d’évoquer davantage  l’importance de la prière, et de la vie communautaire, qui a conduit à la création avec son fils Théodore de la Fraternité des Veilleurs… Les deux engagements ne sont pas inconciliables .

 

En conclusion, une  biographie amicale , et même fraternelle,  et un livre utile, témoin d’une période très dynamique du protestantisme, qui constitue aussi une interpellation  sur le positionnement du religieux dans la cité.

 

A l’heure où l’expression du volet éthique du christianisme est dominante, il est nécessaire de prendre conscience de cette dimension « intégrale » qu’a défendue Wilfred Monod.

 




Alain Joubert




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