Une voie infiniment supérieure

Publié le : 2017-04-18 11:11:17
Catégories : Recensions

Une voie infiniment supérieure

Christophe CHALAMET

Une voie infiniment supérieure

Labor et Fides, 2016

256 p. – 24 euros






Christophe CHALAMET est un protestant réformé, professeur de théologie systématique à l’Université de Genève après avoir enseigné pendant dix ans dans plusieurs universités américaines. C’est un spécialiste de la théologie dialectique (il avait consacré son précédent ouvrage à la construction de la pensée de Karl BARTH et de Rudolph BULTMANN).



Son dernier opus s’intitule « Une voie infiniment supérieure ». L’expression reprend la dernière phrase du chapitre 12 de la première épitre aux Corinthiens, où Paul introduit en fait son célébrissime « hymne à l’amour » de 1 Cor 13, en affirmant : « Je vais vous montrer maintenant le chemin qui est supérieur à tout ». Et ce concept de chemin (sur lequel l’auteur insiste beaucoup, comme marqueur de la foi) lui permet de présenter de manière originale les trois vertus théologales annoncées par Paul dans la première Epître aux Corinthiens (la foi, l’espérance et l’amour) et conceptualisées par Thomas d’Aquin. Les vertus (expression bien peu protestante) sont présentées à partir d’un atout essentiel : elles déterminent une relation au monde, une relation à soi, une relation au prochain.


Une voie infiniment supérieure


Christophe CHALAMET en profite pour revisiter la théologie contemporaine ou ancienne et dépoussiérer des concepts qui pourraient apparaître abstraits et datés pour les établir en moteurs d’une foi moderne, proche de la vie de tous les jours. Il indique d’ailleurs sa volonté de penser pour aujourd’hui.



L’auteur constate la crise contemporaine de la foi et de sa transmission. Il considère pourtant que le combat n’est pas perdu, parce que le christianisme constitue aussi une arme pour affronter les crises traversées par notre siècle et notre civilisation. Face à ce défi, les enjeux de demain semblent rendre illisibles les querelles du passé. C’est pour cela que C. CHALAMET affirme d’emblée que son argumentation sera œcuménique, qu’elle puisera aux différentes traditions chrétiennes, voire même aux sagesses spirituelles. Pourtant, il reste profondément protestant. Et c’est la théologie réformée et luthérienne développée au XXe siècle qui lui permettra majoritairement de développer son argumentation.



Celle-ci est fondée sur les relations entre les trois concepts de foi, espérance et vertu qui ne peuvent dévoiler qu’ainsi tout leur potentiel.



La « vertu » la plus développée est ici la foi. CHALAMET y voit d’abord l’effet de la fidélité immuable de Dieu à sa création, alors que l’infidélité de l’homme est permanente. Le primat de la grâce, qui s’appuie sur les thèses de Luther, est ici brillamment exposé. La foi reste un antidote à la crise de confiance qui ébranle nos sociétés (confiance en soi, en la société et … en Dieu). Elle triomphera de tout. Elle ne sauve pas au sens classique du terme (ce n’est pas une récompense). Mais, parce qu’elle est source de joie et de sens dans nos vies, elle nous permet dès aujourd’hui de nous délivrer de l’esclavage moderne que représente la quête permanente de la satisfaction voire du bonheur personnel.



L’espérance est traitée plus brièvement, mais non moins densément (principalement dans sa relation avec la foi). Reprenant les thèses de MOLTMANN (Théologie de l’Espérance, 1973), l’auteur s’appuie aussi sur CALVIN, qui affirme que « la foi fonde autant l’espérance qu’elle est soutenue et appuyée par elle ». Il évoque le besoin de justice pour notre monde, conséquence de l’espérance chrétienne. Il illustre son propos par l’exposé réformé de la théologie de la croix, aboutissement du ministère de Jésus (plus que sacrifice). « L’horizon » de l’espérance chrétienne est décrit dans une optique « inclusive » et pluraliste, rejetant tout fondamentalisme arc-bouté sur le caractère « absolu » du christianisme.



Enfin, l’amour, la première des vertus théologales, donne lieu à des développements plus classiques (notamment la foi « agissante » opère à l’extérieur à travers l’amour). L’auteur rappelle que pour le protestantisme classique, la foi sans l’amour justifie même si l’amour découle de la foi. La doctrine paulinienne de la primautéde l’amour parmi les trois vertus est néanmoins largement évoquée, avec notamment cette sentence fondatrice de Rm 13,8 proclamant que « celui qui aime l’autre a pleinement accompli la loi ». L’analyse se fonde sur la réflexion de Saint-Augustin, dont l’auteur réussit à démontrer la totale modernité.



Le livre est ambitieux. Peut-être trop, car l’auteur additionne au fil des paragraphes beaucoup de débats théologiques, philosophiques ou anthropologiques passionnants, dont certains un peu périphériques par rapport à son déjà très vaste sujet. Le lecteur non théologien pourrait parfois se sentir dépassé. Mais le style est limpide, la démarche rigoureuse, la démonstration souvent convaincante. L’approche pédagogique est également intéressante. La thèse de l’auteur est éclairée par de nombreuses reprises des textes-clefs des plus grands théologiens de tous les temps, cités et non tronqués, ce qui permet au lecteur d’en saisir la richesse. La bibliographie est abondante, témoignage de la rigueur de l’universitaire.



En conclusion, cet ouvrage réussit à démontrer la pertinence et l’actualité de concepts fondateurs qui évoluent, et de dogmes qui n’enferment pas ou ne sclérosent pas mais au contraire stimulent et libèrent. Vaste programme que le lecteur attentif s’approprie ou prend en compte avec beaucoup d’ intérêt , ce qui peut lui permettre d’avancer plus haut encore sur le chemin pentu de la foi .

Alain Joubert

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