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Combiner travail et foyer : vivre ce défi d’une manière sereine et épanouie

Publié le : 2019-09-03 10:16:02
Catégories : Recensions

Combiner travail et foyer : vivre ce défi d’une manière sereine et épanouie

 

Un doudou dans l'open space

Travail et foyer : le défi des femmes aujourd'hui

Ouvrage collectif

130 pages

2018

Editions Quasar

C’est avec beaucoup d’enthousiasme que j’ai lu l’ouvrage collectif Un doudou dans l’open space, travail et foyer : le défi des femmes aujourd’hui. Ce petit livre fait suite au colloque « Le Défi des femmes » organisé à Paris en 2017.

De toutes les interventions ressort un puissant encouragement : trouver un équilibre entre travail et vie professionnelle est certes un vrai défi pour les femmes d’aujourd’hui, mais celui-ci peut être relevé de multiples manières avec beaucoup de créativité, selon les différentes situations et saisons de la vie.

Trois grands thèmes me frappent tout d’abord au fil de plusieurs chapitres : 

La liberté intérieure

Dans le premier chapitre, « Retrouver l’unité pour rayonner », Claire de Saint-Lager, coach et écrivain, donne le conseil judicieux aux femmes de construire ce fameux équilibre d’une manière qui leur corresponde, à trouver l’approbation et la légitimation de leur choix non pas dans l’entourage, mais à l’intérieur d’elles-mêmes, car chacun est responsable de la façon dont il reçoit ce qui lui arrive. 

La notion de liberté intérieure réapparaît dans le second chapitre, « Liberté, égalité, maternité », sous la plume d’ Hélène Bonhomme, auteur, conférencière et chroniqueuse web. Elle résume cet exercice d’équilibriste par : poser le bon choix au bon moment. Elle y plaide pour un féminisme réinventé, un féminisme qui n’est plus avant tout orienté vers le matériel, vers l’indépendance financière, mais qui ose l’interdépendance. 

Inès de Franclieu, spécialiste en éducation affective et sexuelle, y revient dans le huitième chapitre intitulé « Accompagner nos enfants ». Elle commence par y parler du bonheur que cela peut être de vivre à fond sa vie de femme, d’épouse et de mère. Un bonheur qui n’est pas l’absence de difficultés, mais leur dépassement et la liberté intérieure avec laquelle on fait ses choix. 



Intégrer le corps

Ce même article souligne avec insistance l’importance d’aborder avec les enfants les questions liées à la vie et la sexualité pour leur permettre d’intégrer ce qu’il y a de mystérieux dans l’amour et de construire une image respectueuse de ce corps qui donne la vie, pour donner un contrepoids à un discours ambiant souvent destructeur. 

La valorisation du corps, notamment féminin est aussi relevée par Séverine Hibon, écrivain et scénariste. Elle intervient dans le cinquième chapitre « Comment vivre mieux avec moins ? » avec son mari Jean-Baptiste, psychosociologue et conférencier. La situation particulière de handicap de ce dernier a amené leur couple vers la mise en place d’une vie plus simple, essayant d’être inventif pour s’en sortir mieux avec moins de moyens, une tendance que l’on trouve de plus en plus dans la société actuelle. 



Assouplir le travail

Elle présente aussi dans ce chapitre une définition enrichissante du travail qui n’inclut pas seulement le travail salarié, mais aussi le travail rémunéré et non rémunéré. Tout travail est « ciment de la société [et] comprend toute activité humaine visant à rendre l’environnement plus beau, plus juste, plus fécond » (p.56) ce qui valorise tout particulièrement le travail accompli au sein la famille et aide à sortir d’un point de vue strictement matérialiste.

Dans le quatrième chapitre, « Parcours atypique et valorisation des compétences », Marie Oliveau, fondatrice et directrice d’un cabinet de recrutement, aborde la notion de travail flexible. Ce choix du travail flexible (horaire, lieu, statut…) peut concerner tout un chacun, femme et homme, et est un atout non seulement pour la vie de famille, mais répond aussi aux besoins de nombreuses entreprises. Plusieurs exemples illustrent ce point : le sur-mesure et la valorisation de compétences acquises autrement sont possibles et même encouragés par certains employeurs. Chacun peut ainsi réinventer sereinement sa propre combinaison entre travail et foyer, tirer le meilleur de ses situations de vie et même en faire profiter d’autres.

Le livre offre en outre plusieurs contributions passionnantes sous des angles psychologique, philosophique, économique et éthique. 


Comment parler de nos choix de vie ? 

« Arrêter de travailler ? … En quoi la formulation utilisée peut-elle influencer notre choix ? » est le titre choisi pour le troisième chapitre par Véronique D’Estaintot, spécialiste de l’accompagnement des personnes dans leur orientation professionnelle. Elle met en avant l’influence qu’exercent les mots choisis pour décrire une situation de vie donnée sur une prise de décision. Selon que les conséquences sont présentées comme un gain ou une perte, selon le point de référence choisi, la décision ne sera pas la même. Ces réflexions, très intéressantes aussi pour d’autres domaines de la vie, l’amènent à encourager les femmes à ne plus parler d’arrêter de travailler, mais à trouver des formules positives qui font de la situation au foyer un état de référence possible, comme par exemple « j’ai choisi de prendre le temps de voir mes enfants grandir ».



Culture et nature, comment s’en sortir ? 

Dans le sixième chapitre François-Xavier Bellamy, professeur de philosophie, traite de l’altérité et de la transmission. Selon lui,nous sommes en train de vivre une crise du sens de la différence même si la tolérance de la différence est réclamée partout et par tous. Les études de genre qui s’attaquent à déconstruire la différence entre homme et femme en commençant par déconstruire la culture dans le but de retrouver ce que la nature a prévu encourent des risques. Il est très difficile de savoir ce qui relève de la culture et ce qui relève de la nature.

En outre, pour l’auteur, les deux ne sont pas complètement dissociables, car dans la culture se reflète une partie de la nature. Il souligne que la culture nous a aussi montré que la différence n’introduit pas automatiquement une hiérarchisation, mais peut être féconde, ce qui devrait pousser à transmettre cette culture à la génération suivante au lieu de travailler à la déconstruire. 

Cette remise en question de cette tendance actuelle semble pertinente. Il aurait été intéressant d’aborder ce qui dans notre culture a nui à une bonne compréhension de la masculinité et de la féminité et ce qu’il serait donc souhaitable de ne pas transmettre à la génération suivante.



La famille est-elle uniquement consommatrice ? 

Le professeur de sciences économiques Jean-Didier Lécaillon propose une analyse de l’existence et de l’importance de la famille sous l’angle économique, dans le septième chapitre « La famille, source de prospérité ». Il arrive à la conclusion que la famille sert économiquement la collectivité, car par sa « production » d’êtres humains elle assure le remplacement des générations et ainsi le développement économique. Pour valoriser ce que la famille apporte à la société et l’économie l’auteur propose de considérer l’éducation comme un investissement, ce qui implique de calculer une déduction des charges avant une taxation éventuelle. En résumé l’auteur affirme que d’un point de vue économique la « famille est le modèle le plus efficace [et qu’il] est nécessaire pour le développement durable » (p.96).


La femme aura-t-elle encore le droit d’être mère en 2030 ?
 

Telle est la question interpellante posée dans l’intervention à vocation éthique, presque prophétique, de Laetitia Pouliquen, lobbyiste technophile auprès des institutions européennes et créatrice du site web « Woman attitude ».

Elle y traite de l’impact des nouvelles technologies sur l’identité féminine. Avec son arrière-plan de carrière dans la haute technologie elle est convaincue des bienfaits de la technique, mais aussi consciente des dérives possibles. Elle aborde entre autres le sujet de la PMA pour toutes, qui pour elle est une « véritable rupture anthropologique » (p.114) : un enfant issu d’un père et d’une mère sera reconnu comme issu de deux mères. Une autre dérive de la technologie est que le corps de la femme se marchandise toujours davantage, notamment via les idées d’embryons à vendre et d’utérus artificiel. Nous faisons ainsi face à ce qu’elle appelle « le désenfantement du monde » (p.115), privant la femme de son identité dont fait partie le don d’elle-même en donnant la vie. « [E]ntrer en résistance » (p.124) face à ces dérives c’est pour elle prendre le temps de vivre les différentes saisons de la vie d’une femme.

Pour conclure…

La diversité des approches est un point fort du livre, montrant la complexité, mais aussi la richesse et le potentiel cachés dans le défi particulier de combiner travail et foyer, de vivre un « féminisme » apaisé et audacieux où les femmes ont « la possibilité […] d’être vraiment ce qu’elles veulent » (p.81). L’ouvrage est un encouragement à oser choisir consciemment la vie que l’on a envie de mener, à accepter qu’il n’est parfois pas possible et souhaitable de vivre tout à fond en même temps, mais que des solutions enrichissantes et sur-mesure existent.

Au bout du compte le lecteur reste sur sa faim, car beaucoup de sujets sont uniquement effleurés. Mais ce qui pourrait passer pour une faiblesse fait également la force du livre, car il donne envie d’aller plus loin, d’approfondir l’une ou l’autre thèse, en lisant par exemple un des ouvrages cités par les intervenants. Il aurait été intéressant d’aborder le défi des femmes aujourd’hui conjointement avec celui des hommes, car il me semble que les deux sont étroitement liés et s’influencent mutuellement.

Il y a en tout cas de quoi poursuivre la réflexion et la recherche de repères pour comprendre la situation particulière des femmes. Avis aux amateurs : le deuxième colloque « Le Défi des femmes » est prévu pour l’année prochaine.  

Lydia Lehmann,

pasteure et collaboratrice du blog 

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