Scandales, les défis de l'Eglise catholique

Publié le : 2018-10-22 14:09:33
Catégories : Recensions

Scandales, les défis de l'Eglise catholique

Christian Delahaye est théologien. Il enseigne à la Faculté de théologie de l'Institut
catholique de Paris et au centre d’études théologiques de Normandie. Il entretient également une collaboration régulière avec le  « Quotidien du médecin », dont il fut rédacteur en chef adjoint puis grand reporter.

Il est donc aussi journaliste. Son livre est écrit avec cette approche journalistique engagée, partiale, ne refusant pas les excès, mais aussi claire, concise, sans jargon incompréhensible, qui sait aller à l’essentiel et éveiller l’intérêt du lecteur. Il faut l’accepter comme tel.


Que vous soyez croyants ou non croyants, catholiques ou d’une autre confession, je vous conseille la lecture de cet ouvrage très instructif. C’est une véritable enquête, appuyée sur de nombreux documents concrets.


Scandales, les défis de l'Eglise catholique

Christian Delahaye

Editions Empreinte temps présent

Février 2017

250 pages

16.90 €



L’auteur estime que l’Eglise catholique française est en voie d’oublier les messages des Evangiles et multiplie les contre-témoignages, des scandales au sens biblique du terme. Pour lui, il existerait aujourd’hui une évolution en profondeur de l’institution catholique qui ferait émerger un catholicisme clivant et offensif, un discours identitaire porteur d’une radicalisation voire d’une logique de secte pouvant conduire à une guerre des civilisations.

L’ouvrage comprend cinq parties, cinq scandales qui eux-mêmes sont porteurs d’autres scandales, éloignant encore davantage l’Eglise catholique de l’esprit du Christ et de son Evangile.


La première partie dénonce l’extrême-droitisation de certains catholiques, avec une évolution d’une partie du vote catholique en faveur du Front National, et qui promeut ouvertement le mépris et le rejet de l’immigré, en contradiction totale avec les Ecritures.

La deuxième partie évoque la tendance Manif pour tous, un combat catholique dur. L’auteur met en évidence un scandale d’hypocrisie, avec des chapitres consacrés à ce qui est considéré comme autant de dénis des catholiques: déni de catholicité, déni d’homosexualité et de démocratie.


La troisième partie décrit le retour à l’obscurantisme, avec des régressions moyenâgeuses jugées d’une grande malhonnêteté à l’égard de la Bible. L’auteur en fait la démonstration en trois chapitres : le retour du latin, le retour des reliques, et le retour de l’arrière-monde.


La quatrième partie, le cléricalisme dans tous ses états, cible le clergé dont le pouvoir dominerait l’Eglise et entraverait sa mission. Un chapitre révèle le scandale des chiffres, désinformation de la hiérarchie religieuse face au déclin du catholicisme européen. Un chapitre dénonce le scandale de l’attitude de certains évêques  dans leurs choix pour pallier les faibles ressources cléricales ; Il évoque à titre d’exemple les conditions de la venue de prêtres immigrés, qualifiée de pillage des Eglises pauvres d’Afrique. Deux autres chapitres abordent le scandale de la curie et surtout le scandale de la remise en cause des décisions de Vatican II.

La cinquième partie, titrée «Jorge Bergoglio, le pape qui dit et ne fait pas », cible cette fois le pape, mis en accusation pour avoir suscité d’immenses espoirs de changement de l’Eglise catholique et pour finalement se révéler un conservateur patenté, voire un réactionnaire bien trempé. Trois chapitres évoquent le parcours rapide et controversé de ce pape, qui « fait la leçon à la terre entière » et qui en réalité perpétuerait le statuquo. Citons parmi les exemples choisis par l’auteur l’absence de réforme sur la curie et les finances ainsi que l’absence de sanctions face à la pédophilie dans le clergé.

En conclusion, « à chacun d’apprécier » nous dit l’auteur : l’Eglise ainsi décrite s’inscrit-elle encore dans la continuité historique de l’Eglise du premier siècle ? Ou verse-t-elle dans un sectarisme qui prélude à de nouvelles guerres de religions ?


J’ai bien le sentiment que Christian Delahaye a souhaité orienter ma réponse à ces questions…
Mais j’ajoute que, consciente d’être placée face à un réquisitoire, la colère de l’auteur et son parti pris ne m’ont pas gênée. Il s’appuie sur des recherches en apparence sérieuses. Son enquête est alors un cri d’alarme sur les défis auxquels est confrontée l’Eglise catholique aujourd’hui.


Brigitte Evrard

Partager ce contenu

Ajouter un commentaire

 (avec http://)