Quand parlent les images, une étude des paraboles de l'évangile de Matthieu

Publié le : 2018-07-11 12:01:28
Catégories : Recensions

Quand parlent les images, une étude des paraboles de l'évangile de Matthieu

Céline Rohmer, docteur en théologie et enseignante de Nouveau Testament à la faculté de théologie de Montpellier, propose une analyse très enrichissante des paraboles de Jésus selon l’évangile de Matthieu, évangile pour lequel elle a manifestement une préférence.





Quand parlent les images

Les paraboles dans l’évangile de Matthieu

Céline Rohmer

Olivétan

167 pages

15,00 €









Après une présentation de la parabole en général, sa signification et son usage, et de Jésus « paraboliste hors pair » en particulier, elle étudie les paraboles de l’évangile selon trois catégories :

  • les paraboles du Royaume (Mt 13) ;

  • les paraboles qui enseignent, qui provoquent ou qui avertissent (Mt 18 et 20-22) ;

  • et enfin, les paraboles qui précèdent la Passion et annoncent l’avènement du Christ,  que l’auteure appelle, suivant la tradition, « parousie », (Mt 24-25).

Le procédé de la parabole, que Jésus a beaucoup utilisé, ne lui est  pas propre, et Cécile Rohmer cite aussi bien la fameuse parabole du prophète Nathan exposant à David son attitude criminelle, que celles d’auteurs grecs et latins tels Esope ou Phèdre, ou encore celles de rabbis de l’époque de Jésus. Mais contrairement à ces derniers, Jésus ne parle pas en paraboles pour expliquer les Ecritures à un peuple mais pour apporter un enseignement nouveau à des particuliers ou à des groupes restreints. Par ailleurs, les paraboles de Jésus ne décrivent pas mais annoncent. Ceci est particulièrement vrai des paraboles du Royaume, dont nous n’apprenons pas grand-chose mais dont nous ressentons l’irrésistible venue.

Le chapitre 13 de l’évangile de Matthieu contient sept paraboles et commence ainsi : « Il se rassembla auprès de lui (Jésus) de grandes foules et il leur parla longuement en paraboles » (vv 2 et 3). L’évangéliste y utilise les expressions « encore » et « une autre parabole » (à cinq reprises) pour insister sur l’importance de l’enseignement contenu dans ces messages. Toutes ces paraboles sont imprégnées d’une forte dimension eschatologique : la fin se prépare maintenant. Parmi ces sept paraboles, Céline Rohmer développe celle qu’elle intitule
« Des ivraies dans le champ ». Elle s’adresse plus particulièrement aux disciples, mais aussi à nous aujourd'hui dans notre propre quête de sens face au mal et notre désir naturel de vouloir trier.




Parmi les paraboles du second groupe, nous avons retenu celles qui « avertissent », les seules qui s’adressent, non pas « à la foule et aux disciples » comme la plupart, mais aux adversaires de Jésus, « les prêtres et les pharisiens ». Il s’agit principalement de la parabole dite des « mauvais vignerons ». Les destinataires de cette parabole « comprirent que c’était d’eux que Jésus parlait et ils cherchaient à le faire arrêter» (21,45-46).




Le troisième groupe comprend les paraboles du retour du Christ. Celle dite « des talents » est particulièrement riche. Le Seigneur (L’auteur regrette que la TOB remplace les mots «Seigneur» et «esclaves» par «Maître» et «serviteurs» ) s’en va et confie la gestion de toute sa fortune à trois esclaves, à chacun selon ses capacités. Il ne leur donne aucune consigne : la confiance sans la contrainte. A chacun des deux premiers, qui ont fait fructifier leurs talents, le Seigneur déclare : « entre dans la joie du Seigneur ». « Joie » est un mot rare et fort dans l’évangile de Matthieu, qu’on trouve également dans la conclusion des Béatitudes. Le troisième esclave est condamné pour ne pas avoir fait fructifier les dons qu’il avait reçus.



Nous conseillons vivement la lecture de ce petit livre à la fois profond et facile, et qui nous permet d’aborder les paraboles de Jésus sous un angle original et fécond. En outre, l’auteure éclaire ses propos avec des encadrés explicatifs, toujours intéressants. Ainsi, par exemple, la parabole dite de la brebis perdue et retrouvée donne lieu à un commentaire sur « La brebis des Pères de l’Eglise » ; et celle des mauvais vignerons évoque « Le chant du bien-aimé et de sa vigne (Es 5,1-7) ». Enfin chaque chapitre se termine par un résumé bien utile.


Bernard Steinlin

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