Psychothérapie de Dieu, réagir aux souffrances grâce à la foi

Publié le : 2017-12-05 14:30:50
Catégories : Recensions

Psychothérapie de Dieu, réagir aux souffrances grâce à la foi

Psychothérapie de Dieu

Boris Cyrulnik

Editions Odile Jacob, septembre 2017

320 pages  –  22.90 €

 

 

Neuropsychiatre et éthologue, Boris Cyrulnik est directeur d’enseignement à l’université de Toulon. Il est connu du public pour avoir popularisé  le concept  de « résilience », terme emprunté à la physique et transposé pour devenir la capacité d’un être humain à surmonter les chocs de l’existence et à rebondir après un traumatisme.  

Dans son dernier livre  « Psychothérapie de Dieu »  paru en septembre 2017 chez Odile Jacob, il s’intéresse encore à ce sujet de la résilience. Il s’interroge cette fois sur le rôle de la spiritualité qu’il décrit « comme un  évènement extraordinaire, profondément éprouvé dans son corps et pourtant coupé du réel des choses et des évènements » et qu’il distingue de la religion, qualifiée de phénomène culturel, relationnel et social.

Il convient de rappeler que Boris Cyrulnik  a souvent dit se sentir juif par ses origines et son histoire, mais ne pas connaitre vraiment le judaïsme. Rescapé de la Shoah, orphelin, il a été également imprégné par le christianisme des familles et des institutions qui l’ont accueilli. Aujourd’hui, il pense que la foi est respectable.

Précisons bien le cadre de  l’ouvrage qui concerne Dieu au sens large, la représentation de Dieu éprouvée comme une certitude. Le questionnement de l’auteur vise tous ceux qui prient dans les églises, mosquées, synagogues, chapelles, cathédrales et temples divers. Il intègre les philosophies religieuses comme le bouddhisme ou le taoïsme et les religions sacrées comme le christianisme ou l’islam. Pour l’auteur, chaque religion donne à la foi une forme différente. Ce qui l’intéresse, c’est l’accès à Dieu comme manière universelle de se positionner dans la vie et de réagir aux souffrances.

Il s’appuie peu sur les différents textes religieux fondateurs et ne se montre pas intéressé par les questions théologiques. La majorité des lecteurs, qui s’en tiennent le plus souvent à ce qu’ils perçoivent des religions et des spiritualités, y trouveront leur compte. Par contre, les croyants engagés dans telle ou telle religion ne seront pas toujours convaincus par certaines démonstrations qui effleurent trop superficiellement ou ne rejoignent pas leurs croyances. Quant aux spécialistes, ils devront admettre que toute tentative de simplification est souvent porteuse d’imprécisions.

C’est donc bien pour la démarche globale de l’auteur qu’il faut lire ce livre.

Interpellé par la question d’un enfant-soldat qui voulait comprendre pourquoi il ne se sentait bien qu’à l’église, Boris Cyrulnik  se rend compte qu’il ne sait pas l’expliquer et décide alors de se pencher sur les effets thérapeutiques de la croyance en Dieu.

L’auteur démontre dans cet ouvrage les bénéfices psychologiques de la religion et le rôle positif de la foi dans la résilience.  Les 31 chapitres ne forment cependant pas un raisonnement progressif et structuré. Aux  chapitres appuyant la démonstration voulue par l’auteur s’ajoutent quelques  passages aux considérations plus générales (par exemple, les fonctions de la musique pour le meilleur ou pour le pire au chapitre 25, ou la fonction sociale et sacrée de la sexualité au chapitre 27). Son souci pédagogique le conduit aussi à revenir plusieurs fois sur certaines de ses observations et affirmations. Mais le style reste plaisant et les illustrations des propos sont nombreuses.   

Boris Cyrulnik avance d’abord sur un terrain miné car la communauté scientifique, les philosophes et les théologiens sont divisés sur l'origine de la foi. Lui veut simplement établir la réalité d’un phénomène qu’on ne peut pas nier ou rejeter. Il cite des témoignages montrant que Dieu se révèle parfois soudainement dans des situations et des émotions extrêmes, avec ce résumé dans le titre du premier chapitre: de l’angoisse à l’extase, divine consolation.

Puis  il constate que beaucoup connaissent tout simplement Dieu parce que celui-ci est présent dans leur famille. Il développe  par exemple  l’idée que l’enfant accède à Dieu par la parole de ceux qu’il aime (chapitre 2)  et qu’on rencontre Dieu comme on a appris à aimer (chapitre 16). D’où les formes différentes que prend Dieu, selon la manière dont on le rencontre, son développement personnel, et son contexte culturel.   

Il y a mille façons de croire ou de ne pas croire en Dieu (chapitre 21).  De plus, les cinq cent millions d’athées ou d’agnostiques et les sept milliards d’individus religieux ont deux stratégies d’existence différentes qui méritent l’attention (chapitre 22).        

                                                                                                                                        

Pour expliquer la relation à Dieu, l’auteur a recours aux théories de l’attachement telles qu’elles ont été conceptualisées par le psychiatre et psychanalyste américain  J. Bowlby, auquel il se réfère.  Le principe de base est qu'un bébé,  pour se développer normalement, a besoin  d’une relation d'attachement avec  une personne aimante et sécurisante. Le souvenir de ces attachements heureux de l’enfance se révèle primordial quand un évènement grave se produit dans la vie. Dès lors, Boris Cyrulnik s’interroge pour savoir si le sentiment de Dieu, associé à amour et protection, ne fonctionnerait pas comme une image parentale, une figure d’attachement essentielle face aux blessures de l’existence.

Il constate aussi que cet attachement à Dieu est flexible selon l’âge et les conditions sociales : questionné à l’adolescence (chapitre10), activé au moment de la vieillesse (chapitre 12), plus ou moins dilué dans les états protecteurs occidentaux (chapitre 30).

Il s’appuie pour étayer la thèse de son livre sur de nombreuses observations faites dans d’autres registres que ceux de la spiritualité et il les applique à la religion. Par exemple :

  • la sécurité procurée par les interdits, la protection apportée par la crainte de la punition et les différentes fonctions de la punition (chapitre 14)

  • le cadre accueillant nécessaire à tout travail d’apaisement émotionnel, les observations de la neuro-imagerie sur les modifications du fonctionnement et des structures de certaines zones cérébrales suite à un travail psychique (chapitre18). Il conclut alors : « la neuro-imagerie démontre l’effet thérapeutique de Jésus et nous explique comment ça marche. » 

      

Pour autant Boris Cyrulnik ne ferme par les yeux  sur les dérives religieuses, la religion qui se transforme en totalitarisme, en guerres, en fanatisme et en haine de l’autre.  Il n’ignore pas le mal. En avant-propos déjà, il cite Elie Wiesel comprenant que Dieu était souffrant puisque le mal existe.  

C’est donc un livre riche qui  nous est proposé, et son contenu  n’a été qu’effleuré dans les lignes qui précèdent. Un livre qui a le mérite de  parler de la religion dans ce qu’elle a de plus ordinaire : la relation quotidienne du croyant avec son Dieu.

En tout cas, l’ouvrage connait déjà un franc succès. Un best-seller de plus pour Boris Cyrulnik.

Brigitte Evrard

 

 

 

 

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