Miracles, CS Lewis analyse le surnaturel , entre théologie et philosophie

Publié le : 2018-12-11 11:13:21

Miracles, CS Lewis analyse le surnaturel , entre théologie et philosophie

Vous êtes-vous déjà posé les indispensables questions préliminaires avant de vous forger une opinion sur la probabilité ou l’improbabilité du miraculeux ? Etes-vous conscient que votre pensée sur le surnaturel détermine votre prise de position sur l’existence ou l’inexistence des miracles ?

Car ce ne sont pas les preuves historiques, l’expérience ou les sensations qui conduisent à croire aux miracles, mais bien une réflexion sur la question du surnaturel. La question philosophique est donc première.

Tel est le cadre posé par C.S. LEWIS dans «  Miracles », ouvrage écrit en 1947, révisé en 1960, et à nouveau disponible en français aux Editions Empreinte temps présent.


MIRACLES

C.S. LEWIS

Editions Empreinte temps présent,

2018

336 pages

22 €

Clive Staple LEWIS est connu du grand public, notamment pour « Les Chroniques de Narnia ». C’est un brillant intellectuel anglais: professeur de littérature à Oxford, philosophe, théologien, auteur d’essais et d’œuvres littéraires.… Converti en 1931, à l’âge de 33 ans, il est aussi l’auteur de chroniques religieuses radiophoniques et de nombreux livres de réflexion chrétienne.

Avec une définition simple du miracle comme « une interférence du pouvoir surnaturel sur la nature », l’auteur aborde son sujet en distinguant le surnaturel et le naturel. Il les définit avec précision, puis réaffirme la nécessité de choisir entre le naturalisme et le surnaturalisme pour trancher la question du miracle. En soulignant que si le naturalisme l’emporte, alors nous savons d’emblée que les miracles sont impossibles !


Fort de ses convictions chrétiennes, l’auteur s’attaque à la difficulté principale du naturalisme : tout évènement doit être expliqué ou susceptible d’être expliqué dans sa relation au système global. Par conséquent, si nous comprenons d’emblée qu’une seule chose est ou sera inexplicable de cette façon, c’est la fin du naturalisme.

Pour y réfléchir, C.S. LEWIS ne se tourne pas vers la science, dont les progrès constituent pourtant des menaces pour le naturalisme, mais vers la raison. Pour lui, la validité du raisonnement est essentielle. Pas à pas, il démontre que le mode de fonctionnement même du naturalisme et sa compréhension de la nature aboutissent à nier la valeur de la raison humaine.

Une fois établi que la pensée rationnelle ne fait pas partie de la nature, C.S. LEWIS se tourne vers une origine surnaturelle.

Il fait progressivement émerger l’idée de Dieu et prépare le lecteur, en levant les objections et réticences, à aborder son sujet : les miracles.

Le premier tiers de «  Miracles » est donc philosophique. L’auteur analyse méthodiquement ce qui porte atteinte à la crédibilité du surnaturel, faisant preuve de sa réelle habileté apologétique. Les mots choisis sont simples, le style est fluide et des exemples concrets illustrent un exposé rigoureux, parfois dense.


Plus humoristique est ensuite le chapitre sur les lois de la nature, avec la démonstration que le miracle ne les invalide pas. La cause d’un miracle est Dieu et des conséquences en découlent dans le respect de la loi naturelle. Ainsi, si Dieu dépose un spermatozoïde miraculeux dans le corps d’une vierge, c’est bien une grossesse qui s’en suit et un bébé neuf mois plus tard….

Plusieurs chapitres sont consacrés à des affirmations discutées par l’auteur. Par exemple :

- la religion populaire exclut les miracles car elle exclut un Dieu vivant

- les miracles s’inscrivent dans l’œuvre cohérente de Dieu et ne sont pas des incongruités

- une fois acceptée la possibilité des miracles, il faut s’appuyer sur « notre sens inné de la justesse » pour juger de leur probabilité.

Le dernier tiers du livre se concentre sur les miracles des Ecritures, à commencer par le miracle central du christianisme : l’incarnation, Dieu fait homme. Pour l’auteur, chacun des autres miracles y prépare, en témoigne ou en découle. Les miracles du Christ  appartiennent soit à l’ancienne création, soit à la nouvelle création comme la marche sur l’eau, la transfiguration, les résurrections, l’ascension. Le christianisme n’est pas le récit d’interférences arbitraires, mais il obéit à une stratégie cohérente et aux objectifs poursuivis par Dieu.

Les difficultés du raisonnement de C.S. LEWIS sur l’incarnation sont réelles. Au terme de son esquisse du grand miracle, il reconnait que sa crédibilité ne repose pas sur l’évidence….


Pour les miracles de l’ancienne création, C.S. LEWIS démontre, dans un langage simple et imagé, que Dieu ne viole pas les lois naturelles dont il est l’auteur. Dieu accomplit de manière spécifique ce qu’il fait par ailleurs dans la nature à grande échelle Ainsi, Dieu a créé la vigne, un organisme végétal capable de transformer l’eau en un jus qui fermente ensuite pour devenir du vin : pendant les noces de Cana, le miracle n’est que le raccourci de ce processus…. De même, les processus naturels créés par Dieu sont respectés dans la multiplication des pains et celle des poissons, les guérisons, le dessèchement du figuier.


Les miracles de la nouvelle création sont d’un autre ordre : ils préfigurent une nature qui appartient encore à l’avenir. C.S. LEWIS termine son livre sur la Résurrection et l’Ascension du Christ qui annoncent la « re-création » voulue par Dieu. Il entrouvre, avec des arguments raisonnés et prudents, la porte du futur espéré par les croyants.


Dans ce livre, l’auteur ne se penche pas sur la signification religieuse des miracles, mais sur la nature miraculeuse des évènements. De nombreuses notes permettent de comprendre ses références et son contexte.


L’ouvrage est accessible à tout lecteur curieux de découvrir des arguments logiques et raisonnables sur les interventions divines dans le monde. Les philosophes et les théologiens s’y plongeront avec plaisir.


Brigitte EVRARD




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