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Maurice Leenhardt, la rencontre d'un homme et d'un peuple

Publié le : 2018-05-16 14:35:34
Catégories : Recensions

Maurice Leenhardt, la rencontre d'un homme et d'un peuple

En novembre 2018,  aura lieu en Nouvelle-Calédonie un référendum sur l’autonomie ou l’indépendance de ce territoire d’Outre-Mer, ce qui donne une actualité particulière au livre de Frédéric Rognon, professeur de philosophie à la Faculté de théologie de Strasbourg et auteur notamment de plusieurs biographies de protestants remarquables : Dietrich Bonhoeffer, Martin Luther King, Charles Gide...

Plus qu’une biographie, ce livre, comme l’indique le sous-titre, traite de Maurice Leenhardt et de la Nouvelle-Calédonie, la rencontre d’un homme et d’un peuple.

Maurice Leenhardt

Pour un «Destin commun» en Nouvelle-Calédonie

Fréderic Rognon

Olivétan

214 pages - 16,00 €

Ainsi les premier et quatrième chapitres sont consacrés à la Nouvelle-Calédonie avant et après Maurice Leenhardt, le deuxième à son activité de missionnaire (1902-1926), et le troisième à celle d’ethnologue, qu’il exerça à son retour en métropole.

La Nouvelle-Calédonie fut colonisée par la France sous le Second Empire, en 1853, pour lui servir d’abord de bagne et ensuite de terre de peuplement. La population locale, essentiellement agricole, souffrit de cette occupation, notamment en raison de l’introduction de l’élevage, qui provoquait la destruction des cultures, et surtout de l’alcool, de sorte qu’à la fin du XIXè siècle elle était en voie d’extinction. Frédéric Rognon évoque un génocide presque réussi.  

Maurice Leenhardt est nommé missionnaire dans ce territoire  en 1902, à l’âge de 24 ans, et y met en pratique le conseil que lui a donné son père lors de son départ : «Ecoute d’abord !». Ce conseil paternel fera du missionnaire un ethnologue en herbe, pour devenir, si possible, un meilleur missionnaire.  




Il mène ainsi son action sur deux fronts : 1) associer à l’annonce de l’Évangile l’éducation et l’aide sociale, en particulier la lutte contre l’alcool, 2) essayer de comprendre la population  locale et d’en apprendre la langue. Ainsi, symboliquement, la première salle de classe est ouverte dans un hangar qui avait été d’abord un comptoir d’alcool. 



Par ailleurs il forme de nouveaux pasteurs, avec lesquels il peut traduire la Bible collégialement, respectant les conceptions locales : à titre d’exemple, «pierre angulaire» est rendu par «poteau central». En revanche, il subit souvent l’hostilité des colons, et même quelquefois de l’Administration, qui condamnent son «indigènologie» : il sera régulièrement menacé de mort.



A son retour en France en 1926 il voit son action missionnaire partiellement désavouée, les pasteurs locaux qu’il avait formés ne devenant plus en fait que des assistants des nouveaux missionnaires. Il devient alors pasteur à la Mission Populaire à Paris.

Mais sa longue expérience des populations locales intéresse les ethnologues professionnels, comme Marcel Mauss dont il suit les cours à l’Ecole Pratique des Hautes Etudes (EPHE), lui-même y devenant enseignant en 1933. Sa consécration sur le plan académique trouve son apogée dans la publication en 1947 de son dernier ouvrage : Do Kamo.


Aujourd'hui, 70 ans après son dernier séjour en Nouvelle-Calédonie, il reste vénéré par la population kanak, quasiment assimilé à un «ancêtre». Et nous terminerons par un extrait du discours de Jean-Marie Tjibaou à l’occasion de la commémoration du centenaire de la naissance de Maurice Leenhardt en 1978 : "Au nom du peuple canaque qu’il a aimé et pour qui il a donné le meilleur de lui-même, je salue sa mémoire et je souhaite pour lui et pour les siens la bénédiction des ancêtres" .

Bernard Steinlin


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