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Luther et la Réforme protestante

Publié le : 2017-01-16 15:34:41
Catégories : Luther - 500 ans de la Réforme , Recensions

Luther et la Réforme protestante

Annick Sibué,

Luther et la Réforme protestante,

Olivetan, 2016



C’est sans réserve que nous recommandons la lecture de l’ouvrage d’Annick Sibué, professeur de littérature et civilisation germanique à l’Université Paris IV-Sorbonne et à Bonn.

Elle contribue à une meilleure connaissance de l’homme Martin Luther, son œuvre et son temps, de façon personnelle et assez différente de l’approche d’un théologien luthérien comme Marc-Frédéric Muller par exemple (auteur du livre Luther, puiser aux sources du protestantisme, aux éditions Olivétan) .


Luther et la Réforme protestante

En 190 pages écrites d’une plume claire et directe, avec de très nombreux tableaux et rappels historiques, Annick Sibué évoque le contexte européen historique de la vie de Luther, son parcours spirituel personnel, et l’opposition grandissante de l’Eglise catholique romaine qui finit par l’exclure de ses rangs - rupture douloureuse que le moine puis professeur augustinien n’avait pas souhaitée. Son but initial était de « nettoyer », renouveler de l’intérieur l’institution au sein de laquelle il avait été formé. Pour la première fois, depuis le XIIe siècle et l’élan franciscain, Rome allait échouer à réprimer un mouvement qualifié d’hérésie.

Dans les premiers chapitres, l’auteur adopte une démarche d’historienne pour mieux faire comprendre au lecteur comment l’atmosphère générale de l’Europe allait permettre l’éclosion puis la diffusion à grande échelle des nouvelles doctrines. 

Elle retrace à grandes lignes le mouvement vaudois à la charnière des XIIe et XIIIe siècles, les« lollards » anglais et les hussites tchèques des XIVe et XVe siècles. Luther ne les connaissait absolument pas mais les découvre après la dispute de Leipzig en examinant les actes du concile de Constance qui consignait ces hérésies.

Par contre, il connaissait bien un autre courant préparatoire lui aussi de la Réforme, la devotio moderna, courant « non hérétique » et renforcé par l’ouvrage extrêmement populaire de Thomas A. Kempis, L’imitation de Jésus Christ. S’ajoutent à ces facteurs le morcellement géographique du Saint Empire germanique et l’absence d’un centre de pouvoir.



Année Luther - Anniversaire Réforme


Sans oublier la rivalité entre le Pape et l’empereur Charles Quint (lui-même accaparé par les guerres contre la France), les conflits entre les principautés allemandes, et l’essor économique des villes : le nombre de lecteurs suit la courbe de diffusion de la production écrite, celle des humanistes en particulier.  Enfin, ce que l’on oublie souvent de souligner, l’iconographie contestataire et les illustrations percutantes des Bibles en images (à l’exemple de Cranach) ainsi que la découverte de terres et de mondes nouveaux, constituent un terreau favorable à l’éclosion d’une pensée nouvelle.

Après cette présentation d’ensemble, que l’on ne retrouve pas toujours chez d’autres spécialistes, A. Sibué retrace les principales étapes de la vie de Luther, sa crise spirituelle, sa découverte du salut par la foi et sa rupture progressive avec Rome sur le plan théologique.

Les derniers chapitres (6 et 7) sont plus novateurs, mettant en lumière l’originalité du Réformateur dans un domaine que l’on définirait aujourd’hui de sociétal : son insistance sur l’instruction (des garçons ET des filles), sur l’importance de la vie familiale où la femme occupe une place centrale, sur une meilleure formation du clergé devant accompagner les fidèles (rédaction des deux catéchismes), sur le rôle de la musique et du chant.

Annick Sibué n’élude pas les questions qui fâchent aujourd’hui : l’attitude de Luther face aux autorités civiles (répression des révoltes paysannes et des anabaptistes) et sa condamnation du judaïsme. Elle les remet en contexte et les explique habilement.

Bref, un ouvrage facile à suivre et très clair. On peut cependant regretter une bibliographie limitée aux seuls auteurs récents, ainsi que la trop rapide évocation des controverses sur la transsubstantiation, tant chez les précurseurs de Luther que chez ses contemporains et successeurs. Cette doctrine de la présence réelle du corps et du sang du Christ dans le pain et le vin de la communion, apparue tardivement dans le catholicisme et fortement contestée, allait pourtant générer une cléricalisation accrue et, à travers toute l’Europe, une vague de persécutions contre les juifs régulièrement accusés de profaner les hosties. Mais que ces regrets ne masquent pas le plaisir et l’intérêt que l’on retire de la lecture de l’ouvrage !



Arlette Sancery



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