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L’Evangile au service des personnes différentes : l’œuvre de John Bost

Publié le : 2017-02-28 11:22:16
Catégories : Recensions

L’Evangile au service des personnes différentes : l’œuvre de John Bost

L’Evangile au service des plus petits, des personnes différentes : l’œuvre de John Bost






Grâce à l’émission radio Bulles de BD sur France Inter, j’ai découvert un roman graphique formidable : John Bost, un précurseur. La couverture, esthétique met en scène des personnes ayant différents handicaps aidés et soutenus par un couple : Eugénie et John Bost.

Vincent Henry a scénarisé la vie du pasteur John Bost (1817-1881), Bruno Loth a dessiné la galerie de personnages de cette aventure humaine collective dans un décor rural du second Empire : le village de La Force et les campagnes de la Dordogne. Corentin Loth a colorisé cette bande déssinée.


Ce n’est pas une bande dessinée traditionnelle (50 pages en moyenne) mais bien une biographie dessinée de 140 pages, complétée par un supplément de documentation historique d’une dizaine de pages. C’est un véritable album de famille pour célébrer les 200 ans de la naissance de John Bost en 1817 en Suisse et l’inauguration de la maison Eugénie et John Bost, le 4 mars prochain à La force. La mission de ce musée est de faire comprendre à ses visiteurs ce qu’est la différence.

C’est d’ailleurs, la force du message transmis par ce roman graphique. Il montre la mission d’action sociale d’un pasteur calviniste et revivaliste au 19eme siècle : aider les plus pauvres, les malades et les marginaux. A l’époque, la psychiatrie entravait les corps pour soigner, elle enfermait les épileptiques, faute de mieux.

« Ceux que tous repoussent, je les accueillerai au nom de mon Maître. Sans mur, ni clôture et je mettrai des fleurs sur mon chemin ».

John Bost a expérimenté une autre méthode fondée sur l’amour du prochain : éveiller les «idiotes et les idiots » à la beauté de la musique, au travail au grand air et à l'instruction. Ils sont conviés au culte et, par un audacieux système de rideau  qui se baisse, évacués de l’église en toute discrétion en cas de crise d’épilepsie. Le terme d’ « idiot » m’a choquée dans ma lecture mais j’ai réalisé que c’était le terme le plus neutre trouvé à cette époque où la psychiatrie n’en était qu’à ses balbutiements.

Ce sont les circonstances qui ont dictés les choix de John Bost pour développer les asiles afin d'accueillir les personnes handicapées mentales, les orphelins, les épileptiques, les personnes polyhandicapées et les filles-mères, rejetés par la société, qui arrivaient à La Force car aucune institution n’existait vraiment pour s’occuper d’eux.

Doté de réelles compétences d’organisation et de logistique, la réussite du défi porté par John Bost (400 pensionnaires dans les asiles en 1881) ne s’appuie pas sur une philanthropie humaniste mais sur une étroite adéquation avec sa foi. Les structures de cette institution portent des noms bibliques : elle est reconnue d’utilité publique depuis 1877.

Sur un plan plus personnel, ce roman graphique est tout sauf une hagiographie du pasteur John Bost (un genre littéraire biographique qui mettrait en avant le caractère de sainteté d’une personne) mais bien un portrait sensible et authentique, qui n’élude pas ses défauts, ses tourmentset ses doutes.

La force de ce roman graphique est aussi de décrire avec justesse le rôle d’un pasteur au sein de la société civile. Il montre la solide foi des villageois, chevillée au corps, dans les campagnes où l’on prie en gascon. Saluons cette occasion de dessiner la foi protestante en milieu rural.

John Bost
John Bost

Je vous recommande donc la lecture passionnante de ce roman graphique qui s’adresse à un public plutôt adulte. Sa lecture nécessite de connaître les principaux repères historiques du Second empire mais il est très bien documenté. Il regorge de détails subtils de cette époque. A noter - c’est l’unique faiblesse du livre - que la chronologie de l’histoire est difficile à suivre en raison de la multitude des flashs-back entre la jeunesse de John Bost et le début de son ministère, et la fin de sa vie. D'après les auteurs que j'ai eu la chance de rencontrer, c’est un choix assumé : cette biographie ne suit pas un ordre linéaire, cela demande un effort de concentrationmais ce choix chronologique sert beaucoup l’histoire. Grâce aux souvenirs du passé, on comprend mieux les choix du pasteur sur la manière de gérer cette œuvre sociale.

L’un des personnages principaux est Ernest Rayroux, l’éventuel successeur de John Bost qui vient rencontrer son charismatique fondateur, son épouse, les principaux régisseurs des asiles pour étudier la situation réelle de l’œuvre et prendre la décision de s’engager à sa suite. C’est un choix très judicieux du scénariste pour illustrer la continuité de l’œuvre au décès de John Bost en 1881. La fondation John Bost est une institution sanitaire et médico-sociale qui réunit 34 établissements en France aujourd’hui. Elle propose aussi un accompagnement spirituel, fidèle à l’engagement de son fondateur, dans la société du 21eme siècle.

Le roman graphique cite en préambule un extrait de l’évangile de Matthieu 25 versets 42 à 46 quand Jésus dit « toutes les fois où vous avez fait ces choses à l’un des plus petits de mes frères, c’est à moi que vous les avez faites. »

Dimanche, j’ai rencontré les deux auteurs de la bande dessinée au salon du roman historique de Levallois-Perret.. Ils viennent tous les deux du Sud-Ouest, sans être chrétiens, ils connaissaient l’œuvre de John Bost, souvenir de l’aumônerie de Brive pour l’un, souvenir d’un spectacle sur la vie du pasteur pour l’autre.

Henry et Loth

Ensemble, ils ont répondu à l’appel de la fondation Bost de créer une biographie à l’image du fondateur de l’œuvre, sans tomber dans l’éloge hagiographique mais montrer un homme en proie à ses souffrances. Cette bande-dessinée a été offerte comme cadeau aux employés de nouveaux établissement créées par la fondation pour leur présenter ce en quoi croyait John Bost et l’histoire de cette institution. Sans s’adresser particulièrement à un public chrétien, ils ont voulu raconter la vie d’un homme qui a essayé une autre méthode de psychiatrie fondée sur l’amour de son prochain. C’est cet aspect de sa foi que le scénariste a voulu mettre en valeur.


Retrouvez l'interview des deux auteurs sur France Inter :




Margot Dimitrov

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