L’apport économique et culturel des Huguenots aux pays du Refuge

Publié le : 2017-08-07 12:22:31
Catégories : Luther - 500 ans de la Réforme , Recensions

L’apport économique et culturel des Huguenots aux pays du Refuge

Meinrad BUSSLINGER

L’apport économique et culturel des Huguenots aux pays du Refuge

Editions Ampelos – 199 pages – 19,00 €





Le Refuge désigne les contrées qui pendant deux siècles accueillirent les protestants français, contraints de quitter leur pays sous Louis XIV  pour pouvoir garder leurs convictions religieuses. On connaît le coût de cet exil pour la France. Mais dans ce livre, l’auteur expose l’autre face du problème, les avantages qu’en ont retirés les pays d’accueil.

Il effectue d’abord un bref rappel historique. La France constitue alors un cas particulier avec d’une part le développement important de la Réforme et d’autre part la répression violente de celle-ci. Ainsi le premier « luthérien » brûlé vif à Paris fut le moine augustin Jean Vallière, en 1523. Très rapidement aussi certains choisirent l’exil (Calvin en 1534). Malgré cela, on estime qu’en 1560 environ 10% de la population et près du tiers de la noblesse étaient protestants. En 1562, à la suite du massacre de Wassy ( Haute Marne), commencèrent les guerres de religion, avec   notamment la terrible  Nuit  de la Saint Barthélémy. Henri IV ramena la paix avec l’Edit de Nantes qui accordait la liberté de conscience.

Celle-ci fut à peu près respectée jusqu‘à l’arrivée effective au pouvoir de Louis XIV en 1661.  Ce dernier supprima progressivement et de plus en plus violemment toute liberté aux protestants, avec les dragonnades dès 1681 et la révocation de l’Edit de Nantes en 1685. Les pasteurs durent  alors abjurer leur foi ou quitter le pays, en y laissant tous leurs biens et leurs enfants de plus de 7 ans. En revanche, l’ensemble de la population fut interdit d’émigration et pouvait  théoriquement rester protestante, si elle ne le manifeste pas publiquement. «Théoriquement», car les dragonnades ne cessent pas pour autant et continuèrent  à brimer les protestants jusqu’à ce qu’ils abjurent.



L'apport économique et culturel des huguennots

C’est alors que la France connut une nouvelle vague d’émigrations clandestines d’une ampleur inédite, que Vauban chiffre à 200 000, nombre généralement retenu par les experts. En outre ces fugitifs représentaient souvent l’élite de la population dans les secteurs où ils exerçaient : imprimerie, textile, agriculture, armée, enseignement, etc… Les réfugiés protestants furent en conséquence généralement bien accueillis par les autorités dans les pays où ils se rendaient, même si les populations furent quelquefois plus réticentes en raison de la peur de la concurrence. La Suisse, qui reçut le premier flux de réfugiés  et n’avait pas les moyens d’accepter tout le monde, permit au plus grand nombre de continuer sa route vers les autres pays protestants : principalement, mais pas uniquement, l’Allemagne (Wurtemberg et Prusse), les Provinces-Unies ou l’Angleterre. Rappelons que 10 jours après la Révocation de l’Edit de Nantes, Frédéric-Guillaume, Grand Electeur de Prusse, prit l’Edit de Potsdam invitant les protestants français à venir s’établir dans son pays. Et c’est ainsi que Berlin devint une grande ville, ce qui permit à Voltaire d’écrire : Il y a dix mille réfugiés français à Berlin, qui ont fait de cet endroit sauvage une ville opulente et superbe.

L’auteur explique dans le détail les pertes subies par la France et concomitamment tous les avantages qu’en retirèrent les pays du Refuge. Nous n’en relèverons que quelques uns qui nous paraissent les plus significatifs. Ainsi les soieries de Lyon et de Tours perdirent 90% de leur main-d’œuvre au profit de l’Angleterre. .  Il en fut de même  pour l’industrie horlogère à Genève. L’armée de Guillaume III d’Orange, qui participa à la Révolution Glorieuse de 1688 en Angleterre, comprenait plus de sept cents officiers français réfugiés et ce sont des réfugiés huguenots français qui, venus des Provinces-Unies, créèrent la viticulture en Afrique du Sud. Les exemples surabondent et sont mentionnés dans le livre de  Meinrad Busslinger.

En cette année de célébration du 500è anniversaire de la Réforme, ce livre rappelle un point particulièrement douloureux pour les protestants français  et en sens inverse le courage que possédaient ces hommes de foi. Il montre également cette évidence que sont  les dégâts de l’intolérance.


Bernard Steinlin






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