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L’Ancien Testament commenté : La Genèse

Publié le : 2017-02-07 11:17:22
Catégories : Recensions

L’Ancien Testament commenté : La Genèse

L’Ancien Testament commenté : La Genèse

Abert de Pury, Thomas Römer et Konrad Schmid

Bayard / Labor et Fides, 288 p., 29,90 €







Le premier livre de la Bible est probablement celui dont les récits sont parmi les plus universellement connus. Du récit de la création à celui de Joseph en passant par les récits du déluge ou d’Abraham, nous sommes face à des textes fondateurs qui occupent une place de choix dans la théologie, la philosophie ou l’art. Malheureusement, les commentaires suivis portant sur l’ensemble la Genèse sont assez rares en français. On pourra donc se réjouir de ce qu’Albert de Pury, Thomas Römer et Konrad Schmid se soient attelés à la tâche.

Ces trois biblistes suisses sont des spécialistes internationalement renommés pour leurs recherches sur le Pentateuque, et en particulier sur la Genèse. Leur approche est historico-critique et ils sont connus pour leurs tentatives de reconstituer l’histoire de la rédaction de ces textes (ce qu’on nomme la « critique rédactionnelle »).


L'Ancien Testament commenté : la Genèse



Malgré le caractère particulièrement technique de leur discipline, ces spécialistes font ici œuvre de vulgarisation en livrant un commentaire destiné à un large public de lecteurs de la Bible. Pour cela, les trois biblistes se sont répartis le travail. Bizarrement, alors qu’il est surtout connu pour ses recherches sur l’histoire de Jacob, Albert de Pury a été chargé de commenter les récits qui vont de la création jusqu’à Isaac (Genèse 1 à 26). Il laisse ainsi à Thomas Römer, pourtant spécialiste des récits sur Abraham, le soin de commenter le « cycle de Jacob » (Genèse 27 à 36). Enfin, Konrad Schmid s’occupe de commenter l’histoire de Joseph (Genèse 37 à 50).

Le commentaire est livré par sections dont la taille varie de quelques versets à un chapitre entier. Chaque section du commentaire est précédée du texte de la Nouvelle Bible Segond, ce qui facilite la lecture. À la différence d’autres séries de commentaires plus techniques, l’ouvrage n’est pas conçu comme une boîte à outils que les prédicateurs ou animateurs bibliques consulteraient au gré de leurs besoins.

Il s’agit plutôt d’un texte suivi qui peut se lire de la première à la dernière page. Le tout est agréable à lire, et on peut dire que l’effort de vulgarisation est assez réussi. Les commentaires restent proches du texte biblique et ne perdent pas le lecteur dans des considérations techniques. On apprécie également les parallèles avec d’autres textes du Proche-Orient ancien pouvant éclairer le texte biblique.

On pourra regretter que les auteurs ne proposent généralement qu’une interprétation du texte et ne signalent que rarement les interprétations divergentes. Fidèles à leur méthode de prédilection, ces biblistes voient différentes « couches rédactionnelles » derrière le livre de la Genèse.

Certes, les auteurs restent mesurés et ne tombent dans un morcellement excessif du texte. Toutefois, cette méthode conduit à souligner davantage les différences entre les « textes-sources » (comme les deux récits de la création que sont Genèse 1 et Genèse 2-3 ; ou les deux « couches rédactionnelles » du récit du déluge), à tel point qu’on en oublierait presque de lire le texte tel qu’il apparaît dans nos Bibles. De même, les principales étapes rédactionnelles de la Genèse sont datées de l’époque Perse (de 520 jusqu’au 4e, voir 3e siècle av. J.-C.). Cette approche est présentée, en introduction, comme « un consensus tel qu’il se profile de plus en plus dans la recherche européenne ». Il s’agit, en réalité, d’un « consensus » limité à une poignée de spécialistes pratiquant une méthode d’analyse à la portée de bien peu de monde, dont les auteurs du commentaire constituent les têtes de file.

Dans d’autres milieux, ou parmi ceux qui utilisent d’autres méthodes exégétiques, ce point de vue n’est pas partagé. Par exemple, les meilleurs spécialistes de la linguistique hébraïque estiment qu’il est impossible que la Genèse ait été rédigée aussi tardivement. On peut donc regretter que pour un ouvrage destiné à un public de non-spécialistes, la position des auteurs soit présentée comme reflétant un « consensus ». Le lecteur aurait pu, à notre avis, être davantage averti de ce que l’interprétation proposée n’est qu’une théorie parmi d’autres.

Une fois ces limites prises en compte, ce commentaire sur la Genèse reste un ouvrage utile et agréable à lire. Chaque lecteur de la Bible y découvrira probablement des éclairages nouveaux qui pourront renouveler sa lecture.




Timothée Minard

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