Newsletter

Vous souhaitez recevoir régulièrement des nouvelles de nos actions, nos projets, etc ?

Le monothéisme, une rupture radicale présentée par la Bible

Publié le : 2018-07-23 17:03:51
Catégories : Recensions

Le monothéisme, une rupture radicale présentée par la Bible

Le thème de la violence qui se réclamait de Dieu et des écrits sacrés est d’une forte actualité.

Existe-t-il vraiment un lien entre le monothéisme avec son concept de vérité exclusive, et le langage de violence ?

Telle est la question posée par Jan Assmann dans son dernier livre paru aux Editions Bayard  « Le monothéisme et le langage de la violence : les débuts bibliques de la religion radicale ».


Le monothéisme et le langage de la violence

Jan Assmann

Editions Bayard, 2018

231 pages

21.50 €




Archéologue et professeur d’égyptologie à Heidelberg, Jan Assmann soumet - avec précaution dit-il - le langage biblique de la violence à une réflexion basée sur l’histoire et les sciences de la culture et non sur la théologie.
   

L’auteur veut mettre l’accent sur le langage de la violence et non sur la violence elle-même. Il ne se demande pas pourquoi le monothéisme a été instauré avec tant de violence, mais pourquoi il en a été fait mémoire dans le langage de la violence avec la Bible hébraïque.

L’auteur traite de la motivation religieuse et non de la légitimation religieuse de la violence.

Il développe les concepts utiles : le monothéisme exclusif avec une distinction entre monothéisme de vérité (vrai Dieu ou fausses idoles) et monothéisme de fidélité (loyauté ou apostasie, fidélité ou rupture d’alliance).   

Au centre du monothéisme de la vérité : le Dieu créateur et une violence verbale, une satire dirigée surtout contre les images, voire une violence destructrice de ces représentations divines. Au centre du monothéisme de la fidélité : le Dieu libérateur et une violence physique, un engagement d’hommes zélés contre les renégats visés par la jalousie de Dieu. Dans les deux cas, une radicalité intransigeante.

Dans un premier chapitre, Jan Assmann montre que le monothéisme est présenté par la Bible comme une rupture révolutionnaire.

Pour expliquer cette rupture, l’auteur fait appel à l’histoire : la sortie d’Egypte, la révélation de la Loi au Sinaï puis le traumatisme lié à l’anéantissement du Royaume du Nord et à la déportation à Babylone des élites judéennes.

Le langage de la violence y puise ses sources. L’auteur rapproche la violence du Pentateuque   et celle de certains textes politiques assyriens, montrant un possible transfert sur Dieu des pratiques de gouvernance assyrienne. Le concept de conversion joue aussi un rôle, avec sa sémantique de la rupture et de l’exclusion.

Dans le deuxième chapitre, Jan Assmann analyse les résistances auxquelles s’est heurté le monothéisme de l’Alliance divine et la violence qu’il a fallu déployer pour l’imposer. En effet, ce monothéisme a rencontré de fortes résistances et fait face à des persécutions.

Le langage biblique de la violence en témoigne.

L’auteur commente les quatorze scènes de rébellion du peuple au désert, avec un tableau d’une grande clarté et quelques éléments issus notamment des écrits de Goethe, Ernst Sellin et Sigmund Freud.

Dans le troisième chapitre, Jan Assmann évoque le passage des mots aux actes.

Il puise alors dans les thèses du juriste allemand, Carl Schmitt, plusieurs notions utiles à son questionnement : le politique défini comme le principe selon lequel les hommes se regroupent en amis et en ennemis, le concept de situation de crise, l’hégémonie du politique et sa prétention totalisante en situation de crise…

Ainsi, pour l’auteur, la colère de Dieu peut être comprise comme une situation de crise qui révèle amis et ennemis et peut conduire à la violence. Par analogie à l’Etat total de Carl Schmitt, l’auteur développe aussi le concept de religion totale, une religion hégémonique sur l’être humain et dans tous les domaines de sa vie.

Si la lecture de certaines parties du livre demande de l’attention, l’ouvrage reste cependant accessible. Il intéressera tous ceux qui s’interrogent sur les phénomènes actuels de radicalisme religieux.

Le sujet passionne son auteur. Ses idées peuvent sans doute alimenter des controverses. Mais ses thèses, muries depuis de longues années, sont bien documentées.

Ses propos de conclusion s’ouvrent sur une note d’optimisme : la violence n’est pas inscrite dans le monothéisme comme sa conséquence nécessaire !   


Brigitte Evrard

Partager ce contenu

Ajouter un commentaire

 (avec http://)