La marche dans la Bible

Publié le : 2019-02-25 16:02:47
Catégories : Recensions

La marche dans la Bible

Jacques NIEUVIARTS

La marche dans la Bible

Nomadisme, errance, exil et pressentiment de Dieu

Bayard - 285 pages - 17,90 €




Le mot « chemin » est très fréquent dans la Bible, Premier et Deuxième Testaments confondus. Si on y ajoute ceux de « route », de « sentier » et de « voie », on arrive à un total de plus de 800 occurrences, selon la TOB, à comparer, par exemple, au mot « repos », qui s’y trouve moins de 100 fois. Ce vocable apparaît dès le début de la Genèse lorsqu’il mène à l’arbre de vie (3,24), ou lorsque Noé est présenté comme homme juste et intègre qui marchait avec Dieu (6,9). On comprend alors pourquoi Jacques Nieuvarts, prêtre assomptionniste, grand marcheur lui-même, nous propose ce livre, très enrichissant, sur la marche dans la Bible.


 

A l’origine, le peuple juif est un peuple de nomades et la première parole que Dieu adresse à Abram est « va vers le pays que je te montrerai », ordre que celui-ci exécute et qui constitue le premier de multiples autres déplacements, marches ou exils, jusqu’à l’arrivée en Terre promisse, d’où le peuple juif connaîtra encore deux exils.

Cet ordre de Dieu est fondé sur l’Alliance qu’il offre au « moindre de tous les peuples »
(Dt 7,7), en permettant à Abram de quitter son pays idolâtre. Son père, Térah, l’abandonne en route et s’exclut de l’alliance.
 

Le chemin matériel que suit le peuple juif tout au long de ses pérégrinations est inséparable du chemin spirituel qui le conduit à Dieu. Jacques Nieuvarts compare alors les principes de la Torah à des cailloux blancs que le peuple doit suivre sous peine de perdre son identité.



La Bible nous montre comment Dieu accompagne son peuple sur ces chemins : d’abord Joseph, Jacob, puis tout le peuple d’Israël que la famine pousse en Egypte. Devenu au cours des générations esclave dans ce pays qui l’avait accueilli à l’origine, il le fuit sous la conduite de Moïse jusqu’à la Terre Promise. Et c’est chaque fois en chemin que le peuple d’Israël rencontre ou retrouve Dieu. Le chemin voulu par Dieu constitue aussi une mise à l’épreuve (de son peuple) pour savoir ce qu’il y avait dans son cœur (Dt 8,2). Tout est lié : sortie d’Égypte, traversée du désert, don de l’Alliance et de la Loi (Psaumes 78,105 ou 106).

 

De même, les prophètes reprennent ce thème de la marche et du chemin matériels et/ou spirituels. C’est Michée qui répond à un homme venu lui demander comment il pouvait obtenir le pardon de Dieu : qu’est-ce que le Seigneur réclame de toi... ? Que tu marches modestement avec ton Dieu ! (6,8).

 

Le Nouveau Testament reprend largement ce thème du chemin, et il est significatif que trois des quatre évangiles, Matthieu, Luc et Jean, commencent avec lui en citant Esaïe (40,3) : Quelqu'un crie : Dans le désert, frayez le chemin du Seigneur !
 

Les évangiles présentent tous un Jésus qui tout au long de son ministère est en marche, aussi bien physiquement que spirituellement, et son disciple est celui qui le suit. Sur ce thème, Jacques Nieuviarts cite le livre de Christian Bobin, L'homme qui marche, à savoirJésus. L’évangile de Jean cite fréquemment les paroles de Jésus qui commencent par « Je suis » : le pain de vie (6,35), la lumière du monde (8,12), la porte (10,7), etc. Peut-être qu’une des plus essentielles de ces présentations est celle de 14,5 : Je suis le chemin, la vérité et la vie. Nul ne vient au Père que par moi.


La marche dans la Bible


 

Le ministère de Jésus est ainsi inséparable du chemin, chemin qui le mène à la Passion et la mort sur la croix, que l’auteur définit comme suspension du temps et de la marche.


 

Suspension mais non arrêt : dès le lendemain, les disciples (d’abord les femmes) se mettent en route vers le tombeau vide. Selon l’évangile de Luc, la première apparition de Jésus ressuscité a lieu sur le chemin d’Emmaüs. Dès que les deux disciples qui cheminaient avec lui le reconnaissent, après la rupture du pain, Jésus s’éloigne. L’évangile de Matthieu se termine avec l’envoi en mission des disciples.


 

Dans cet esprit, il est symptomatique que le livre des Actes des apôtres, qui décrit les premières années de la vie de l’Eglise, utilise le mot voie pour désigner la communauté des chrétiens. Curieusement le mot, dans cette acception, est employé pour la première fois par Paul dans son souhait alors de la détruire (9,2). Le même Paul, une fois converti, est en permanence en voyage pour porter la Bonne Nouvelle aux païens.

 

Pour Jacques Nieuvarts l’Alliance se réalise dans la marche : Rechercher Dieu se fait dans la mise en marche sous le signe clair de l’Alliance. A cet effet, il cite saint Augustin :
« L’homme, avant de croire en Christ n’est pas en route, il erre. » Et évidemment, pour l’auteur, le pèlerinage représente la quintessence de la marche comme recherche de Dieu.


 

A côté du chemin qui mène à Dieu, l’auteur n’oublie pas les marches humaines désemparées, évoquées également dans la Bible. Il cite à cet égard Caïn, après le meurtre de son frère, ou Agar, chassée dans le désert par Abraham. La Bible nous montre alors que même dans la désespérance Dieu ne les abandonne pas. Il est significatif que le mot Pâque signifie passage. Face à l’errance -l’exil dirions-nous aujourd’hui-, il y a l’injonction d’hospitalité. Jacques Nieuvartscite l’Epître aux Hébreux : « N’oubliez pas l’hospitalité : il en est qui, en l’exerçant, ont à leur insu logé des anges » (13,1).

Livre attrayant et enrichissant, à la fois pratique et théologique. Nous ne pouvons plus faire une marche sans y penser également.

Bernard Steinlin

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