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La cohérence de la foi chrétienne

Publié le : 2019-04-08 15:13:30
Catégories : Recensions

La cohérence de la foi chrétienne

La cohérence de la foi chrétienne

Friedrich Schleiermacher

Editions Labor & Fides (2019)

850 pages - 39 €




On pourrait s’étonner que la société d’éditions Labor & Fides publie aujourd’hui pour la première fois en langue française un ouvrage de théologie de plus de 850 pages, écrit il y a deux siècles et parfaitement inconnu y compris de l’immense majorité de son lectorat potentiel.


 

On pourrait pourtant plus légitimement s’inquiéter qu’on ait attendu aussi longtemps pour rendre accessible un tel chef d’œuvre au public francophone alors qu’il a marqué une étape majeure dans l’histoire de la théologie puisque son importance a été souvent comparée à celle de la Somme de Saint Thomas ou de l’Institution de la Religion Chrétienne de Jean Calvin.


 

Tel est en effet le mérite immense de Bernard Reymond, Professeur émérite de théologie, d’avoir réussi cette gageure de traduire la première édition de l’ouvrage de Friedrich Schleiermacher, datant de 1821-1822.


 

Le titre lui-même est révélateur : héritier de la tradition réformée, Schleiermacher a œuvré, deux siècles avant la France, pour le regroupement des Eglises Réformée et Luthérienne au sein des régions où il a enseigné et exercé son ministère. Il a donc voulu définir les principes de la foi chrétienne plutôt que ceux de telle ou telle Eglise. C’est ici que notre auteur se montre fondamentalement moderne : fidèle à la tradition protestante, il estime que les divergences doctrinales du XVIe siècle ont perdu une partie de leur pertinence. Il prend résolument en compte l’héritage de la philosophie des Lumières par une reformulation plus crédible de la foi chrétienne.


 

L’apport majeur de Schleiermacher est de mettre en avant l’exigence d’une expérience religieuse personnelle. Cette expérience religieuse, l’auteur l’appelle le plus souvent la piété, c’est-à-dire la conscience du chrétien que son existence est déterminée par Dieu plutôt que par le monde. C’est aussi cette foi qui confère à la Bible sa dignité spécifique. La foi n’est pas un assentiment à un dogme. Elle ne saurait donc se fonder sur la seule autorité de la Bible.

La cohérence de la foi chrétienne
 

Cette priorité donnée à l’expérience religieuse par rapport à l’Ecriture redéfinit également la fonction de Jésus-Christ. Celui-ci reste le médiateur par excellence et le rédempteur, mais il est aussi l’archétype de l’homme croyant, celui qui doit mener par son exemple la Création à son accomplissement.


 

En mettant en cause le dogme des premiers conciles sur la double nature du Christ, l’auteur reformule une christologie qu’il fonde sur la personne historique de Jésus-Christ, même si la foi ne consiste pas à reconnaître exacts tous les énoncés portant sur les évènements historiques de la vie de Jésus, qu’il s’agisse de la naissance virginale, de la résurrection ou de l’ascension. C’est « l’impression totale » faite par Jésus de Nazareth qui importe.


 

Bien évidemment, ces analyses extrêmement fouillées, érudites et rigoureuses, qui font de Schleiermacher un des pères du libéralisme protestant, ont été contestées par la suite, notamment par Karl Barth qui estimait que tout essentiel qu’ait été son rôle, Schleiermacher conduisait à « une impasse ». Pourtant, les thèses du Pasteur de Berlin conservent une forte actualité et elles ont été très souvent reprises et prolongées par d’autres théologiens majeurs du XXe siècle ou d’aujourd’hui.

 

Chacun formera son jugement. Ce qui est important ici est de signaler l’intérêt d’une telle publication. La présentation en a été grandement facilitée par l’éditeur qui a mis en évidence les passages essentiels de la démonstration. Les qualités pédagogiques de l’enseignant qu’était Schleiermacher permettent à la lecture d’être moins ardue qu’on pourrait le craindre. Que ce soit en littérature, en philosophie ou en théologie, le lecteur préfère très souvent trouver refuge dans les commentaires ou les plagias. Il a tort dans la mesure où les grands auteurs se suffisent souvent à eux-mêmes. Les exégètes ou commentateurs éprouvent souvent beaucoup de difficultés à exprimer de manière condensée des pensées qui trouvent seulement leur cohérence dans le texte original.


 

Il faut connaître Schleiermacher.


 

Alain Joubert

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