Jacques Kaltenbach Dans le cercle de fer

Publié le : 2017-03-13 11:55:15
Catégories : Recensions

Jacques Kaltenbach Dans le cercle de fer

Jacques Kaltenbach

Dans le cercle de fer

Journal du pasteur Kaltenbach dans Saint Quentin occupé (1914-1917)

Présenté et annoté par J-P Lesimple et J-M Wiscart

La Cause – 307 pages – 16,00 €




Le 3 août 1914, l’Allemagne déclare la guerre à la France, et le 4 août les troupes allemandes pénètrent en Belgique dont elles violent ainsi la neutralité. Elles poursuivent leur progression à vive allure, et le 27 du même mois arrivent à Saint-Quentin, qui sera coupée du reste de la France et restera sous le joug de la loi militaire germanique jusqu’au 2 octobre 1918. La ville comprend alors plus de 55 000 habitants et une communauté protestante ancienne et importante (2 500 paroissiens) avec deux pasteurs dont Jacques Kaltenbach depuis 1912.

Dès le 27 août 1914, ce dernier commence son journal ainsi : Puisque les communications avec le reste de la France sont au moins provisoirement coupées, je me propose d’écrire tous les jours un bref résumé des faits dont j’aurai été le témoin afin que ma femme chérie puisse un jour partager… Il est en effet un jeune marié et depuis un mois sa femme se trouve à Nîmes. Il poursuivra son journal jusqu’à son rapatriement et nous donne ainsi une relation d’une situation inédite.

Deux éléments principaux en ressortent, d’une part la vie de tous les jours dans une ville occupée et proche du front pendant plusieurs années et d’autre part l’activité pastorale de son auteur. Nous apprenons ainsi à connaître la situation particulière de la ville de Saint-Quentin en cette période particulièrement dramatique, et le 20 octobre 1914 il écrit : Depuis quelque jours nous avons l’impression plus nette que jamais que les Allemands s’installent à Saint Quentin pour y rester. Ils ne se gênent pas pour l’appeler «la capitale de la France allemande».


Dans le cercle de fer


Ainsi, grâce à ce témoignage, nous prenons conscience des affres de la vie quotidienne sur tous les plans : nourriture, chauffage, pillages, afflux des blessés, français, anglais, allemands, du front tout proche. Jacques Kaltenbach, qui était parfaitement trilingue (son père était né en Allemagne et lui-même avait suivi des études supérieures aux Etats-Unis), a pu souvent intervenir tant auprès des autorités allemandes que des blessés allemands et anglais. Ses bonnes relations avec l’aumônier militaire allemand, protestant, ont permis d’atténuer certaines souffrances et contraintes. Il est à noter aussi que le premier gouverneur allemand de la ville, descendant de réfugiés huguenots français, s’appelait Arnaud de la Ferrière.



Il poursuit avec énergie son activité pastorale d’autant plus qu’il reste rapidement le seul pasteur. Il apparaît aussi que cette période de crise profonde provoque une recrudescence d’un besoin de religion, et plusieurs témoignages concordent pour souligner l’aura spirituelle de Jacques Kaltenbach et ses qualités de prédicateur. Agé de 33 ans en 1914, il s’intéresse particulièrement à la jeunesse, notamment aux mouvements d’Union Chrétienne de Jeunes Gens (UCJG) et de Jeunes Filles (UCJF). Parmi ses catéchumènes nous avons noté André Trocmé, qui devint plus tard pasteur au Chambon sur Lignon pendant la deuxième guerre mondiale, et Robert Jospin. Sur le plan spirituel, il peut être qualifié de piétiste ou revivaliste, son mémoire de théologie portant précisément sur « Les réveils religieux aux Etats-Unis ».



En février 1917 l’armée allemande se replie sur une ligne de défense qui passe à Saint Quentin et les autorités décident d’évacuer la population de la région, soit plus de 120 000 personnes. C’est vraiment seulement que vous allez sentir ce que c’est que la guerre déclare alors un officier allemand. Jacques Kaltenbach est envoyé en Belgique où il continue à exercer son ministère, avec succès là encore. Il sera finalement rapatrié le 2 octobre via le Luxembourg, l’Allemagne et la Suisse et arrivera à Marseille le 7 octobre 1917, date à laquelle s’arrête son journal.



Celui-ci est utilement et richement complété par le tandem Jean-Paul Lesimple, professeur honoraire de lettres classiques1, et Jean-Marie Wiscart, maître de conférences honoraire en Histoire contemporaine, avec une introduction historique, une conclusion sur J. Kaltenbach et de très nombreuses notes de bas de page. Enfin signalons un index des noms de personnes très bien fait et pratique.



Bernard Steinlin



1 Il poursuit en outre actuellement des études de théologie.

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