Introduction à l'histoire de la théologie

Publié le : 2019-01-25 13:30:14
Catégories : Recensions

Introduction à l'histoire de la théologie

Introduction à l’histoire de la théologie

Pierre Olivier Léchot (dir)

Labor et Fides

2018

635pages

39 euros






Cet essai s’intègre dans la collection « histoire » de Labor et Fides, qui a produit de très bons ouvrages en cette période de commémoration du protestantisme. Bien que son titre ne l’indique pas, il s’agit d’une histoire de la théologie protestante qui est ici entreprise ou, pour reprendre les termes du coordonnateur, une « approche historique de la pensée protestante », en sachant que cette pensée est plurielle et très mouvante.

Cette histoire respecte la chronologie, ce qui est essentiel pour la clarté de l’ouvrage, car elle marque bien les grands mouvements de la pensée protestante. Elle commence bien avant le XVIème siècle, avec les premiers siècles de l’ère chrétienne. A juste titre, car Luther et Calvin n’ont pas créé leur théologie ex nihilo ou par une rupture totale et immédiate. Les trois chapitres consacrés à ces quinze siècles qui précédèrent la Réforme constituent un volet à la fois précieux et original de l’ouvrage, d’autant qu’ils mettent l’accent sur des auteurs ou courants de pensée peu connus en général de cette longue période. Ce caractère sélectif de l’analyse historique surprendra mais il était inévitable dans un ouvrage de cette dimension.

Comme le grand historien Pierre Chaunu l’avait pensé dans son maître ouvrage de 1975, les auteurs ont conçu le XVIème siècle comme le « temps des Réformes », tant les mouvements furent divers au sein du bloc protestant comme pour celui fidèle à la tradition. Tant aussi la contestation fondamentale de l’ordre établi par les Réformateurs eût un effet majeur sur ce qu’il faut appeler la « création » du catholicisme lors du Concile de Trente, « nouvelle » confession qui avait des rapports finalement assez lointains avec l’héritage médiéval.

Introduction à l'histoire de la théologie

Egalement intéressante, la part consacrée à la théologie protestante du XVIIème siècle, dite de l’ « ère des confessions », peu connue aujourd’hui. Heureux choix qui nous permet de comprendre comment l’Europe « réformée » glissa de la Réforme du XVIème siècle au siècle des Lumières. Siècle essentiel que ce XVIIIème siècle, et partie presque centrale de l’ouvrage. Celui-ci montre combien le protestantisme fut lui-même bousculé par les Lumières mais sut se renouveler et finalement se fortifier à partir des attaques rationalistes qu’il dut affronter. Ce renouveau reste puisqu’il conduit les auteurs à évoquer à la suite immédiate le « néo-protestantisme » et donc cette rupture qui a donné naissance aux théories libérales, caractérisées par une approche « historico-critique » sans concession, l’importance du fait culturel, et par une lecture se voulant actualisée des grands dogmes du christianisme.

Les grandes théologies du XIXème et du XXème siècles sont examinées avec attention dans deux chapitres denses et synthétiques. Et la théologie contemporaine n’est pas oubliée, avec un focus sur les pensées féministe et œcuménique.

Même avec plus de six cent pages, un tel ouvrage revendique à juste titre le qualificatif modeste d’une « introduction » tant sont riches et subtiles les pensées abordées. Il ne pouvait également être que très sélectif, et cette sélectivité est nécessairement fondée à la fois sur les centres d’intérêt et les opinions des auteurs. Si la place réduite de la théologie contemporaine est naturelle dans un essai qui se veut historique, la plume de Christophe Chalamet aurait justifié des développements complémentaires pour rendre compte de la pensée protestante du XXème siècle, encore si proche de nos préoccupations. Il est vrai qu’un ouvrage entier n’y aurait même pas vraiment suffi.

Peut-être le recul sur cette période, et notamment sur l’après seconde guerre mondiale, est-il insuffisant aujourd’hui pour qu’une histoire contemporaine rigoureuse puisse être facilement produite. Ceux qui veulent aller plus loin disposent au fil des pages et en fin de chapitre d’une bibliographie intéressante qu’il aurait été souhaitable de commenter et de regrouper en fin d’ouvrage, justement pour tenir compte des liens rappelés à plusieurs reprises entre les époques et les courants de pensée.

L’ouvrage présente deux caractéristiques rares pour un ouvrage collectif : il est homogène dans sa tonalité et son contenu, et cohérent dans sa construction. On doit cette qualité à la proximité idéologique et théologique de ses auteurs, professeurs dans les instituts protestants de théologie à dominante libérale, ainsi qu’à la coordination réalisée par Pierre Olivier Léchot, doyen actuel de l’Institut de Paris. Néanmoins, cette homogénéité constitue aussi une limite. La théologie même à dominante protestante ne se limite pas à l’Europe continentale. Si certains auteurs anglo-saxons comme Wesley, le père du méthodisme, sont analysés avec attention, tel n’est pas suffisamment le cas des théologiens de la mouvance évangélique qui est aujourd’hui si dynamique dans le monde. On devine bien que les auteurs ne se situent pas de ce bord-là du protestantisme, mais ce n’est pas une raison suffisante pour ignorer ses principaux auteurs, comme C.S. Lewis par exemple, dont l’importance au XXème siècle ne peut être passée sous silence.

Ces remarques faites, l’ouvrage est d’un très grand intérêt intellectuel pour un large public de prédicateurs, mais au-delà de paroissiens intéressés par l’évolution de la pensée protestante. Il est d’un abord généralement facile, grâce aux qualités pédagogiques des auteurs. Il était nécessaire de le concevoir, car il montre remarquablement l’enchaînement et les interactions entre mouvements théologiques. Il est original par les choix réalisés d’auteurs et de doctrines, comme par les ponts posés entre eux. Il est une invitation pour chacun à poursuivre ou approfondir ses centres personnels d’intérêt.



Alain Joubert

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