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Il faut laisser Dieu être différent de ce que nous pensons de lui

Publié le : 2015-09-16 12:33:29

Il faut laisser Dieu être différent de ce que nous pensons de lui

La vie protestante - Antoine Nouis



Bonjour à toutes et tous,

Nous vous proposons aujourd'hui une interview du pasteur Antoine Nouis par Matthieu Mégevand, publiée dans « La Vie protestante », mensuel édité par l'Eglise protestante de Genève, à propos de son livre « Notre Père, la prière selon Jésus » paru aux éditions Empreinte temps présent :

Marié et père de quatre enfants, Antoine Nouis est pasteur de l’Eglise protestante unie de France. Il a été pasteur de paroisse pendant vingt-huit ans. Il dirige actuellement le journal Réforme, hebdomadaire protestant d’information. Docteur en théologie, il est l'auteur d'une vingtaine d'ouvrages sur la spiritualité et la pensée protestantes. Il anime régulièrement des émissions de radio et des retraites spirituelles.

Antoine Nouis a publié dix articles sur le Notre Père, rassemblés récemment sous la forme d’un livre « Notre Père, la prière selon Jésus ». Eclairages passionnants sur la prière, la paternité de Dieu, le pardon… et la nécessité de réinterpréter sans cesse les textes des Ecritures.



MG : Pourquoi un livre sur le Notre Père?

AN : Le Notre Père est évidemment un texte très commenté et je n’ai pas prétention à faire œuvre originale; simplement, me servant de tous les commentaires que j’ai lus, et en y ajoutant ma patte personnelle, j’ai pu m’apercevoir que le Notre Père constituait une sorte de concentré de théologie et de spiritualité. C’est d’ailleurs ce que l’on trouve dans l’Evangile de Matthieu, lorsque Jésus dit «quand vous priez ne multipliez pas vos paroles mais dites le Notre Père»; cela signifie d’une certaine manière que toute prière est récapitulée dans le Notre Père, et qu’il est important de proposer sans cesse des interprétations du texte.

MG : A l’inverse de certaines théologies féministes, vous souhaitez conserver le terme «Père» qui renvoie à une image masculine de Dieu. Pourquoi?

AN : Derrière le mot «Père», je ne tiens pas tant à souligner l’aspect masculin que la paternité. Dans le registre symbolique, ce qui qualifie la paternité c’est l’adoption. Pour le dire de manière un peu caricaturale: lorsque l’enfant naît, la mère est «naturellement» mère puisqu’elle possède un lien physique depuis des mois avec le nouveau-né, par contre pour le père il s’agit de choisir de devenir ou pas le père de cet enfant. Je ne suis donc pas contre féminiser Dieu mais contre le materniser. Maintenir la notion de «Père», c’est maintenir la notion d’adoption et donc d’alliance, qui relève d’un choix de Dieu qui s’associe à son peuple, qui choisit l’humanité, et que la notion de paternité symbolise bien je trouve. Dans les Ecritures, on trouve des versets qui évoquent plus la figure maternelle, et nous devons colorer la notion de paternité de ces symboles de miséricorde, de soin, mais sans l’abandonner.

MG : A propos de la phrase «Que ton nom soit sanctifié», vous évoquez l’idée qu’il faut laisser Dieu être toujours autre que ce que nous en disons...

AN : Le principe premier que je vois derrière cette phrase, c’est le commandement «tu ne feras pas d’idole». Une idole renferme à mon sens nos représentations projetées et fermées de Dieu. Pourtant, il faut laisser Dieu être différent de ce que nous pensons de lui. L’enfermer dans notre Eglise, dans notre théologie, dans notre expérience est une tentation constante. Or, il me semble que la notion de «sanctification» du nom de Dieu signifie laisser Dieu être Dieu et le détacher de nos représentations. Cela correspond à une théologie et à une spiritualité qui tentent de rester ouvertes.

MG : «Nous prions parce que nous savons que notre monde ne se confond pas avec la volonté de Dieu», écrivez-vous à propos de la phrase «pour que ta volonté soit faite sur la terre comme au ciel». Qu’est-ce que cela signifie?

AN : Si Jésus nous demande de prier «pour que sa volonté soit faite», cela signifie que la volonté de Dieu n’est pas toujours faite. On ne peut pas confondre Dieu avec la nature, avec l’histoire, avec ce qui arrive. On constate cela au quotidien: la volonté de Dieu est loin d’être toujours accomplie. Sur l’utilité de la prière, je dirais que je prie d’abord parce que l’Evangile me demande de prier. «Priez sans cesse» dit Paul. La prière est au départ une démarche d’obéissance. Cela ne nous interdit pas de nous demander pourquoi nous prions; et là il me semble que nous prions d’abord pour nous-mêmes, pour nous aider à enraciner l’Evangile en notre for intérieur, pour vaincre le mécréant qui sommeille en chacun de nous, pour inscrire notre histoire dans le désir et dans la volonté de Dieu. Et puis, par ailleurs, il existe une espèce de brûlure face à l’absence de Dieu dans notre monde et que la prière tente de rétablir. Sans vouloir mesurer l’efficacité de la prière, il y a quelque chose de l’ordre de la dignité humaine qui veut que, par la prière, Dieu soit plus présent dans le monde.

MG : Vous expliquez que l’acte de dire «pardonne-nous nos offenses comme nous pardonnons aussi…» aide à pardonner.

AN : Je crois que lorsque je dis tous les jours «nous pardonnons», cela me rappelle effectivement cette nécessité de pardonner. Le pardon est un élément essentiel de la foi chrétienne, et le lien que la prière fait entre le pardon de Dieu et mon propre pardon – que l’on retrouve ailleurs dans les Ecritures, p. ex. dans la parabole du serviteur impitoyable – m’aide à enraciner cette volonté de pardon dans mon intimité.

MG : Vous proposez une version reformulée et personnalisée du Notre Père. Cette prière nécessite-t-elle, pour un croyant moderne, d’être entièrement refondée?

AN : Le Notre Père est, comme je le disais, un concentré d’Evangile et de spiritualité. Il convient de le garder en l’état parce que, d’abord, l’Evangile nous le demande. Ensuite, cela fait partie des trésors de l’Eglise et de la tradition. Mais nous avons toujours besoin de réinterpréter, de nous réapproprier les textes. Ma conviction herméneutique est que chaque texte des Ecritures est porteur de plus de sens que ce que nous en percevons au premier abord. Il faut donc multiplier les interprétations, y compris les interprétations divergentes, pour parvenir à déployer toute la palette de sens du texte. Le Notre Père a besoin de toutes les intelligences, de toutes les spiritualités pour mettre au jour ses sens multiples. Ce livre apporte une petite pierre de plus à l’édifice.

Propos recueillis par Matthieu Mégevand.

Matthieu Mégevand est diplômé en philosophie et en histoire des religions. Il travaille comme journaliste pour « Le Monde des religions » et « La Vie protestante »  et comme chroniqueur pour la revue « Choisir ».

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