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Ferdinand Buisson, Père de l’école laïque

Publié le : 2017-01-24 10:52:42
Catégories : Recensions

Ferdinand Buisson, Père de l’école laïque

Ferdinand Buisson

Père de l’école laïque

Patrick Cabanel

Labor et Fides – 547 pages – 29,00 €






Les lecteurs fidèles de Patrick Cabanel connaissent déjà Ferdinand Buisson, souvent cité dans Les protestants et la République (Editions Complexe – 2000 - ce livre est épuisé) ou Le Dieu de la République (PUF – 2003). Cette fois, l’auteur, directeur d’études à l’Ecole pratique des Hautes Etudes (EPHE), lui consacre un livre entier, et nous pouvons lui en savoir gré. En effet, Ferdinand Buisson ne possède pas la notoriété que son œuvre mériterait. Il ne s’agit pas véritablement d’une biographie, mais d’abord de la présentation d’un homme remarquable par ses qualités et ses actions, même si le livre comporte de nombreux éléments biographiques.



Le personnage est extrêmement attachant, possédant une personnalité exceptionnelle qu’il met au service de son prochain et de son pays. Edgard Quinet dira de lui : faire le bien est sa vocation. Né à Paris en 1841 dans une famille protestante évangélique, c'est à dire non concordataire, il s’en détache progressivement au profit du protestantisme libéral puis d’une religion laïque . Cela correspond à une morale religieuse sans institution ni dogme. Républicain, il s’oppose avec la même vigueur à l’Empereur Napoléon III et à Calvin, sa thèse portant sur Sébastien Castellion.



Patrick Cabanel le présente avec passion mais aussi avec lucidité, n’hésitant pas à relever ses défauts ainsi que parfois une tendance à s’auto-présenter de manière flatteuse («exil» à Neuchâtel, date de soutien à Dreyfus…). En 1862 il obtient sa licence ès lettres et commence sa thèse. Il enseigne comme précepteur et participe à la création de cours normaux pour jeunes filles (qui sont la préfiguration des écoles normales) se destinant à devenir institutrices.



Toutefois sa vie professionnelle commence véritablement avec sa nomination à l’Université de Neuchâtel comme professeur de philosophie et de littérature comparée. Il s’y marie et, loin de la France, développe ses sentiments républicains et collabore au Dictionnaire universel du XIXè siècle de Pierre Larousse, un républicain sous l’Empire de Napoléon III, en prenant en charge les rubriques philosophie et protestantisme.



Ferdinand Buisson




Ferdinand Buisson revient à Paris, dès la défaite de Sedan et la chute de l’Empire, où il s’occupe d’un orphelinat et de l’éducation des tout jeunes enfants. Il se sent une vocation pour l’enseignement primaire et, malgré sa formation (agrégation obtenue en 1868), il demande un poste d’instituteur. Il est alors nommé Inspecteur de l’enseignement primaire pour le département de la Seine en 1872.



Cette nomination, en raison entre autres de son appartenance au protestantisme libéral, provoque une tempête politique à la tête de laquelle se trouve Mgr Dupanloup, alors sénateur inamovible. Il est en conséquence détaché au ministère de l’Instruction Publique où il devient un expert international des questions d’éducation.



C’est au cours de cette période qu’il élabore le «Dictionnaire de pédagogie», oublié aujourd'hui du grand public, mais qui se voulut en son temps l’encyclopédie de l’enseignement laïque et est connu alors comme le Buisson, au même titre que les Larousse ou Littré. Ce dictionnaire est d’abord destiné aux instituteurs auxquels il va jusqu’à leur donner des conseils pratiques.



Cependant le moment Buisson correspond à la nomination de Jules Ferry, en 1879, au ministère de l’Instruction publique dont la première mesure est de prendre Ferdinand Buisson comme Directeur de l’Enseignement Primaire, poste qu’il conservera pendant plus de dix-sept années, devenant ainsi, sous l’autorité de plusieurs ministres, le véritable architecte de l’enseignement laïque. Jules Ferry lui-même fut au gouvernement pratiquement sans discontinuer comme ministre de l’Instruction publique ou Président du Conseil jusqu’en 1886 et forma une véritable équipe avec Ferdinand Buisson.



Ce dernier fut même chargé de défendre à l’Assemblée nationale les lois scolaires, généralement appelées «Lois Ferry» : enseignement obligatoire, gratuit et laïc. Il entra ainsi en conflit avec les congrégations religieuses catholiques, responsables jusqu’alors de l’essentiel de l’enseignement.



En 1896, il est nommé professeur de sciences de l’éducation à la Sorbonne. Ses cours paraissent relativement éclectiques, tel que «L’éducation et ses rapports avec la philosophie et la religion».


En 1902, il abandonne l’enseignement et entre en politique où il continue son combat pour l’enseignement et la laïcité. Il se focalise alors sur la lutte contre les congrégations religieuses, l’Eglise catholique constituant la force directrice et organisatrice de la contre-révolution en France.


Cependant il distingue, de façon peut-être ambiguë, les individus, libres de leurs opinions, et les institutions qui exercent un pouvoir illégitime. Après la laïcité, il mènera un double combat pour une plus grande égalité, notamment dans l’enseignement et à l’égard des femmes, pour lesquelles il demande le droit de vote dès 1911. Pacifiste mais patriote, il se rallie à l’Union sacrée pendant la guerre : «Nous n’avons pas le droit de prêcher la paix au détriment de la patrie, c'est à dire au détriment de l’humanité».En 1927, il reçoit le prix Nobel de la Paix et meurt à 91 ans en 1932.




Un livre passionnant, extrêmement riche, qui nous fait apprécier un personnage remarquable dont on ne connaît souvent que le nom, même s’il peut paraître pour certains quelquefois un peu trop technique, en particulier les 58 pages consacrées au Dictionnaire de pédagogie. Avec malice, l’auteur fait remarquer que les trois grands réformateurs du système de l’enseignement en France, François Guizot, Alfred Buisson et Jean Zay sont protestants.

Un seul réel regret, l’absence d’une table chronologique qui aurait été bien pratique.



Bernard Steinlin

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