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Femmes du Nouveau Testament

Publié le : 2020-06-15 15:33:22

Femmes du Nouveau Testament

A la lecture de ce titre,  j’ai d’abord pensé que ce livre (publié aux Editions Salvator) serait surtout une galerie de portraits. Avant d’y découvrir une réflexion approfondie sur la place des femmes au temps de Jésus et dans les premières communautés chrétiennes, ainsi que des questionnements sur la situation des femmes dans l’Eglise aujourd’hui.  

L’auteur Yves-Marie Blanchard est professeur honoraire de l’Institut catholique de Paris, prêtre du diocèse de Poitiers. Son point de vue est d’autant plus intéressant que l'Église catholique romaine est une des dénominations chrétiennes où la place des femmes est très discutée.   

 

Femmes du Nouveau testament 

Yves-Marie Blanchard

Editions Salvator

2020

182 pages

18.80 € 

Son parcours dans tout le Nouveau Testament ne suppose pas de connaissances préalables car l’auteur raconte les récits en les replaçant dans leur contexte et  résume brièvement tout passage dont il extrait quelques lignes. Les lecteurs peu familiarisés avec les textes bibliques, ne seront donc  jamais perdus.

 

Le Nouveau Testament s’ouvre par l’Evangile selon Mathieu, lequel débute avec la généalogie de Jésus, déroulée de pères en fils et incluant curieusement cinq femmes aux profils singuliers. La dernière, Marie, fait l’objet d’une attention particulière d’Yves-Marie Blanchard qui souligne également son omniprésence dans les récits de l’enfance de Jésus. Le premier chapitre du livre est consacré à ces aïeules et parentes, mères et femmes d’Israël dont les histoires préfigurent les engagements de Jésus lui-même. 

 

Le chapitre 2, intitulé femmes au gré des rencontres, cite toutes les femmes qui font partie de l’entourage de Jésus ou qui le suivent comme des disciples. Car Jésus se moque des tabous de son temps relatifs aux relations entre les hommes et les femmes.  

L’auteur décrit ensuite des personnages plus importants, disciples et amies au chapitre 3 (par exemple : Marthe engagée par une confession de foi exemplaire et Marie, dans une posture d’écoute de l’enseignement d’un maître), témoins et apôtres au chapitre 4 (deux titres de première importance donnés aux femmes présentes au pied de la croix puis au tombeau).  

Les femmes des premières communautés sont connues par les Actes des Apôtres et les épitres pauliniennes (chapitre 5). Les femmes de l’Apocalypse (chapitre 6) se limitent surtout à trois personnages symboliques : une mère en travail d’enfantement, une prostituée, une fiancée à l’heure de ses noces avec l’Agneau.  

L’auteur s’intéresse d’abord aux quatre Evangiles qu’il compare, pour en dégager le rôle des femmes. La Syro-Phénicienne, étrangère païenne, contribue à montrer l’universalité du don de Dieu. Marthe reçoit la bonne nouvelle de la résurrection. La Samaritaine ouvre la voie de la mission chrétienne en terre étrangère. Enfin les femmes sont les témoins de l’évènement au cœur du message chrétien et évangélisent les hommes. 

 

Yves-Marie Blanchard observe aussi les relations conjugales et familiales. Ainsi Luc témoigne de la modernité de la cellule familiale dans plusieurs récits où père, mère, parents sont traités sur un pied d’égalité  (la fille de Jaïrus, le fils de la veuve de Naïn et le garçon épileptique). Les débats sur le divorce expriment le caractère inadmissible des mariages inégalitaires.  

 

L’auteur s’appuie ensuite sur le livre des Actes pour éclairer le titre d’apôtre. Il relève  l’autorité morale de certaines femmes, véritables responsables de communautés réunies dans les maisons-églises. 

Puis, le corpus paulinien étant loin de constituer un bloc homogène, la discussion devient vite plus délicate. Paul mérite-t-il sa réputation de misogyne ? 

Pas vraiment argumente Yves-Marie Blanchard en commentant les épitres authentiques c’est-à-dire celles dictées et envoyées personnellement par l’apôtre. L’auteur n’écarte aucun des points régulièrement débattus : la prise de parole des femmes dans les assemblées, leur tenue vestimentaire, autorité et soumission,  etc…. 

Il commente largement, de façon positive pour les femmes, cette affirmation faite aux Galates « il n’y a ni juifs ni grecs, il n’y a ni esclave  ni homme libre, il n’y a ni masculin ni féminin » 

Par contre, pour l’auteur, les recommandations de la première épitre à Timothée, lettre pastorale plus tardive, sont clairement misogynes. Il les analyse avec sévérité. Pour lui, si le corpus paulinien est traversé d’opinions différentes, voire contradictoires, rien ne justifie qu’on valorise les écrits les plus tardifs, au point parfois d’en ignorer les autres et de ne plus faire prévaloir l’essentiel de la révélation biblique, l’universalité du salut. 

L’auteur s’attache avec une grande rigueur aux Ecritures. En tant que prêtre, il semble parfois avancer prudemment. Mais il le fait sans ambigüité. Il n’hésite pas à dénoncer certains choix de traduction. Il dit clairement que Paul pratique une mixité apostolique exemplaire qui interroge bien des logiques ecclésiales actuelles. Il appelle l’Eglise à refuser les propos machistes qui ne sont pas conformes à l’enseignement de Jésus. 

Ce livre dépasse les préjugés sur les rôles des hommes et des femmes dans l’Eglise. A lire et à étudier pour faire progresser les débats sur le sujet. 

 

Brigitte EVRARD

 

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