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Ethique de Dietrich Bonhoeffer, un livre d'une grande actualité

Publié le : 2019-11-20 17:04:16
Catégories : Recensions

Ethique de Dietrich Bonhoeffer, un livre d'une grande actualité

Ethique

Dietrich BONHOEFFER

Labor & Fides

2019

406 pages

34€ 

 



« Ethique » de Dietrich Bonhoeffer, paru en 1945, est considéré comme une des œuvres majeures de la théologie du XXe siècle.

 

Cette édition effectuée  par Labor & Fides, brillamment introduite par Henri Mottu, repose sur la traduction française de la dernière édition allemande, parue en 1998, de ce qui est le testament  du grand théologien luthérien.

 

Par rapport aux précédentes versions de cet opus, outre une traduction qui se veut plus moderne et donc plus accessible, la principale novation concerne l’ordre de présentation des textes. Il s’agit d’un ordre non plus  logique comme dans les précédentes éditions, mais chronologique, l’ouvrage étant divisé en cinq périodes successives. « Ethique » est une série inachevée de notes et d’articles fragmentaires souvent écrits en prison, sous le regard et le contrôle de la Gestapo, dans le cadre dramatique et oppressant de la seconde guerre mondiale… La rédaction s’achève brutalement le 9 avril 1945, avec la pendaison de l’auteur par les nazis, un mois avant la fin de la guerre.

 

Contrairement aux autres œuvres principales  de l’auteur (Vivre en disciple, Résistance et soumission, Le prix de la grâce, par exemple), il n’y a pas de plan logique. La construction chronologique  correspond par conséquent bien avec les conditions d’écriture de l’ouvrage et permet de rester en relation avec l’actualité politique et ecclésiale de chaque période.

 

Ce livre conserve aujourd’hui, en dépit de la complexité et de la densité  de certains paragraphes, une force surprenante et un élan incontestable.

 

Il est à la fois conceptuel, s’attachant aux fondements théologiques des questions éthiques, et concret, avec des considérations pratiques sur la société, la famille, le travail, l’engagement dans la cité. C’est une grande richesse que d’allier les deux.

 

Ce « grand écart » est rendu possible par l’orientation très christologique de la théologie de Bonhoeffer, pour qui Jésus-Christ, qui s’est incarné comme homme jusqu’au sacrifice de la croix, est le maître absolu du monde et de l’histoire. Dans ce cadre, il est normal que l’Eglise soit « le lieu » du Christ présent dans le monde. C’est au sein de cette communauté que se réalise la rencontre entre l’homme et Dieu. L’auteur nous convie à toujours réfléchir à partir du Christ. D’où son souci d’assumer ce qu’il appelle les « réalités avant-dernières », c’est-à-dire les responsabilités humaines, sur le fondement de la réalité dernière que constitue le salut du Royaume de Dieu. Or, ce salut est lié au sacrifice à la Croix de Jésus. Les valeurs de  sacrifice, de souffrance et de renoncement sont le reflet de la souffrance du Christ. Elles sont donc indissociables de la vie chrétienne.

 

 Le chrétien ne peut se résoudre à l’indifférence, à l’égoïsme, au confort d’une vie bourgeoise alors que le mal existe et qu’il peut au moins l’atténuer ou le combattre. Il doit s’engager même si c’est contre son intérêt personnel. Bonhoeffer revisite ici le thème fondamental de Luther du salut par la grâce. Il n’y a pas de grâce à bon marché : la grâce divine qui sauve l’homme n’-t-elle pas coûté sa vie au Christ ?

 

Il faut tenir compte certainement pour appréhender cette exigeante mais sombre analyse  du contexte dramatique dans lequel le livre a été écrit. L’auteur a été l’âme du combat contre les compromissions de l’Eglise  dite allemande vis-à-vis du régime nazi. Il s’est même opposé au pacifisme de certains de ses amis, qui était pourtant plus explicable par les horreurs de la première guerre mondiale.

 

Bonhoeffer justifie au contraire l’engagement et même la violence dans le cas extrême auquel il est confronté, celui de l’hitlérisme. Il invite à l’engagement contre le totalitarisme, et au-delà à la pleine participation du chrétien dans la vie de la cité et dans la politique.

 

Au-delà du contexte, ce livre conserve son actualité. Il annonce les défis du XXIe siècle parce qu’il s’interroge sur la place du chrétien dans un monde qui oublie Dieu. Il précise donc les défis actuels de la sécularisation. A ce croyant, il fixe des exigences fortes, justement au nom de l’éthique C’est pourquoi cette voix si courageuse est également une voix lucide et motivante. Elle invite à répondre à l’amour de Dieu par un engagement sans retenue dans un monde où, en apparence, Dieu s’efface.

 

Une livre de référence, à conserver.

Alain Joubert

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