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Dieu au compas, l'histoire d'un motif et de ses usages

Publié le : 2018-09-26 15:52:31
Catégories : Fenêtre sur l'art ...

Dieu au compas, l'histoire d'un motif et de ses usages

C’est une recherche originale que nous proposent les Editions du Cerf qui viennent de publier « Dieu au Compas » de François Boespflug .

Théologien, professeur émérite de l’Université de Strasbourg où il enseigna l’histoire des religions, François Boespflug est aussi un passionné d’art qui a publié de nombreuses études sur la représentation divine à travers les différentes religions et civilisations depuis l'Antiquité jusqu'à notre époque.

Avec « Dieu au compas », l’auteur se centre sur un thème – le Créateur architecte, arpenteur et géomètre, - et un motif lié à ce thème : le compas.

Dieu au compas

François Boespflug

Editions du Cerf

2017

146 pages

15 €



L’auteur nous invite simultanément à un parcours artistique qui nous conduit à contempler l’iconographie de ce Dieu au compas et à un parcours historique tant l’histoire de cette représentation de Dieu est liée aux évolutions des sociétés occidentales. Il nous propose aussi un détour par la franc-maçonnerie qui utilise, à partir des XVII-XVIIIe siècles, les symboles du compas et de l’équerre.



Cet essai est celui d’un grand spécialiste et d’un universitaire érudit comme en témoignent les vingt-cinq pages de notes placées à la fin du livre pour préciser l’exposé.


Pour autant, l’ouvrage est d’une clarté qui en permet la lecture par tous ceux qui s’intéressent aux images religieuses, aux origines des motifs et aux commentaires théologiques liés à l’art religieux. Il est pédagogique, par exemple quand l’auteur précise la différence entre théistes et déistes, quand il rappelle le rôle du compas qui ne sert pas uniquement à tracer des cercles, ou encore quand il explique l’expression « Bible moralisée », famille de manuscrits de grand format somptueusement illustrés et comportant des leçons de morale. Il facilite aussi la compréhension rapide du lecteur qui trouve au centre du livre vingt représentations en couleur sur papier glacé des principales œuvres décrites par l’auteur. (Pour les autres œuvres citées, généralement celles où le compas est placé dans d’autres mains que celles de Dieu, recherches personnelles conseillées !)


François Boespflug s’intéresse donc aux origines du motif avec trois constats : dans la Bible un seul verset évoque le compas (Esaïe 44 : 13), seul l’art chrétien d’Occident s’empare de la figure de Dieu tenant un compas et il n’en existe pas de représentation pendant le premier millénaire.



Puis le chercheur s’intéresse ensuite aux occurrences du motif au cours de l’histoire, les expliquant avec simplicité. Les premières représentations d'une figure de Dieu tenant un compas apparaissent au XIe siècle puis s’imposent dans les enluminures des manuscrits, avec une apogée au XIIIe siècle dans les frontispices des bibles moralisées. Le motif du compas se raréfie ensuite et parallèlement se banalise hors de la main de Dieu pour illustrer toute activité exigeant de la créativité et du savoir-faire. Puis de 1520 jusqu’à la fin du XVIIIe siècle, il disparait sans qu'il soit possible d'en identifier vraiment la cause. Et depuis plus de deux siècles, il vivote, surtout en dehors de Dieu, prisé des communicants et des publicitaires qui le mettent au service des causes les plus variées. Dieu est délaissé par les artistes et Dieu au compas subit le même sort.





L’auteur s’interroge sur la concomitance entre la quasi-disparition du motif et la fin de l‘architecture gothique en France au XVIe siècle, sur le rôle éventuel des Réformateurs ou des humanistes, puis sur le lien entre la sécularisation et la déchristianisation de notre société contemporaine et le rejet de cette image du Créateur.




Le motif s’est cantonné à l’enluminure et aux arts du livre ; ses occurrences dans les fresques, les mosaïques, les vitraux ou ailleurs sont rares. Toutes ces œuvres d’art sont commentées par François Boespflug qui en décrypte les variantes. Le livre est donc un extraordinaire dossier iconographique.


Et quand on le referme, c’est alors un autre regard qu’on porte sur sa couverture : « L’Ancien des jours » du peintre et poète anglais William Blake, image créée en frontispice d’un recueil qu’il publie en 1794 «  l’Europe, une prophétie », image dont François Boespflug nous a aussi ait découvrir l’ambigüité dans sa visite guidée des représentations du  Dieu au compas.


Brigitte Evrard

 

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