Des nouvelles de la mort, le travail de mémoire pour donner à la perte sa place

Publié le : 2019-11-06 16:29:51

Des nouvelles de la mort, le travail de mémoire pour donner à la perte sa place

Des nouvelles de la mort

Antoine Nouis

Coédition Olivetan/Salvator

2019

176 pages

17,50 €

« Des nouvelles de la mort ». Ambiguïté du titre du livre qui est d’abord un recueil de nouvelles, quinze récits brefs et denses, autour de ce moment le plus important de la vie. Mais aussi des nouvelles actuelles d’un évènement moins visible aujourd’hui qu’autrefois, mais toujours si présent dans les esprits.   

L’auteur, le théologien et bibliste Antoine Nouis est pasteur. Il a accompagné de nombreuses personnes en souffrance, des malades, des mourants, des familles endeuillées. Il a présidé plus de cinq cents cérémonies d’enterrement. Les nouvelles sont tirées ou inspirées de cette expérience.


Chaque histoire raconte sans tabous une situation différente. Elle incite d’elle-même le lecteur à réfléchir à l’essentiel. Cependant, en fin d’ouvrage, dans une partie intitulée «  Pour aller plus loin », l’auteur ajoute à cet effet d’autres considérations,  un court chapitre de deux pages par histoire. Quant à la citation mise en exergue avant chaque récit, c’est en la relisant à la fin du récit qu’on en perçoit toute la richesse. 


« Un peuple se juge à la manière dont il ensevelit les morts » introduit une nouvelle sobrement intitulée « La mère d’Adrienne ». Cette citation de Périclès  prend tout son sens quand on a lu l’histoire d’Adrienne. Adrienne fait difficilement face à la prise en charge contemporaine du décès accidentel et de l’enterrement de sa mère. En lisant le  journal de sa mère, elle prend conscience de la façon dont cette dernière a vécu le décès également accidentel et l’ensevelissement de sa propre mère. Les différences sont telles qu’elles interpellent immédiatement le lecteur … Pour aller plus loin, Antoine Nouis évoque l’importance et le rôle des rites funéraires, le fait que notre société les a réduits au minimum, laissant finalement les endeuillés bien seuls.  




Dans tout le livre, les personnages sont appelés par leur prénom. Chacun est unique et vit quelque chose de particulier. Le lecteur est plongé dans leur intimité, une émotion et une proximité se créent.


La parole est donnée aux proches du défunt dans «La mémoire de René » ou dans « L’enterrement de Laetitia ». Antoine Nouis  insiste sur le travail de mémoire, indispensable pour donner à la perte sa juste place.


Le lecteur est confronté à des situations délicates,  par exemple le choix de l’anorexie finale («Les adieux de Marie»), les problématiques posées par la crémation (« Les cendres de Jeanine »), le suicide d’un fils (« Le deuil de Catherine »), la mort qu’on déshumanise (« L’intervention de Bernard »).


La question de Dieu et de l’au-delà n’est pas centrale dans ce livre. On ne la trouve que dans une des histoires,  (« La foi de Pascal »), avec un dialogue resté ouvert entre deux malades hospitalisés et désemparés, l’un avec sa foi et l’autre avec son athéisme.


Dans sa préface, le professeur Didier Sicard, ancien président du Comité consultatif national d’éthique et rédacteur du rapport Sicard sur la fin de vie, observe que  le livre n’a rien d’un ouvrage sentencieux sur la mort écrit par un pasteur et que la vie y est plus généreuse que jamais.


La première nouvelle, « Le rêve de Vincent » décrit d’ailleurs la journée d’un homme qui sait qu’il va mourir un jour et qui a trouvé sa journée très belle ! La mort permet d’apprécier la vie.


Ce livre, émouvant certes, est très intéressant.  On ne sort pas de sa lecture sans quelques rappels utiles.  


A lire absolument car nous sommes tous concernés.

Brigitte Evrard

 




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