Cet étrange désir d'être bénis

Publié le : 2021-01-29 11:01:28
Catégories : Recensions

Cet étrange désir d'être bénis

Prononcez le mot « bénédiction » et vous serez aussitôt soumis à une avalanche de questions ! Nos contemporains montrent même un réel engouement pour les bénédictions de toutes sortes. Elisabeth PARMENTIER, professeure de théologie pratique à l’université de Genève, se penche donc sur « Cet étrange désir d'être bénis », titre de son dernier ouvrage paru aux  Editions Labor et Fides.

 

La bénédiction ne se limite pas au cadre religieux. Cependant l’autrice choisit d’en faire entrevoir la richesse dans les pratiques actuelles, en résonnance avec des textes bibliques et des usages observés dans les Eglises chrétiennes. Elle se situe personnellement dans la tradition protestante luthérienne et réformée.

 

Cet étrange désir d'être bénis

Elisabeth Parmentier 

Editions Labor et Fides, 2020 

344 pages,

19 €

 

 

Qu’est-ce que la bénédiction ? Si le lecteur attend une définition simple et immédiate, il sera déçu…. Mais la première partie du livre va lui donner de nombreux éléments de compréhension : un premier chapitre pour esquisser la complexité du sujet et un second chapitre pour le mettre en perspective chrétienne.

Pour conclure, Elisabeth Parmentier propose certes une définition, mais elle énumère surtout les éléments qu’elle considère comme des marqueurs spécifiques de la bénédiction.

 

La deuxième partie du livre est un parcours biblique. 

    • Le premier chapitre évoque la bénédiction inconditionnelle et universelle qui nous précède. Tous les êtres humains partagent en effet une expérience fondamentale : le miracle d’exister. Elisabeth PARMENTIER part de l’affirmation biblique que le Créateur est l’auteur de cette bénédiction originelle de la vie et qu’il a un projet de bonté pour le monde et ses créatures.

    • Le deuxième chapitre approfondit une autre facette de la bénédiction, liée à l’alliance avec Abraham. L’autrice souligne l’exigence pour la famille dépositaire de la promesse d’être à son tour une bénédiction en la transmettant à toutes les familles de la terre. La bénédiction n’est alors ni un dû, ni un droit mais une responsabilité, une réciprocité d’engagement.

    • Le chapitre 3 aborde un sujet plus délicat : celui de la malédiction. Elisabeth PARMENTIER note que la malédiction révèle le combat que Dieu poursuit, depuis la création, contre les forces de destruction et le chaos inhérent au monde. Elle commente la malédiction pour non-respect de la Loi (Deutéronome), la malédiction conditionnelle en cas de non-retour vers Dieu (Lévitique), la souffrance inexpliquée (Job). 

    • Le chapitre 4 est consacré à l’œuvre de salut accomplie par Jésus-Christ. Avec Jésus, la bénédiction de Dieu est à nouveau universalisée. Les apôtres vont transmettre la bénédiction, en proclamant le Christ ressuscité de Jérusalem jusqu’aux extrémités de la terre.

 

 

La troisième partie du livre est consacrée aux pratiques observées dans les Eglises d’Occident,

  • Le premier chapitre décrit brièvement les chemins qu’elles ont parcourus, et plus particulièrement le travail de l’Eglise catholique contre les croyances infondées en son sein. Elisabeth Parmentier place ici le débat sur les risques de superstition et sur l’influence actuelle de nouveaux imaginaires surnaturels. 

  • Le second chapitre évoque le fait que la bénédiction se manifeste physiquement. L’autrice s’attache à la parole et aux gestes qui l’appuient. Elle montre comment la corporéité et les sens sont impliqués. 

  • Un robot peut-il bénir ? Dans le chapitre 3, Elisabeth Parmentier évoque une telle expérience, proposée en 2017 par l’Eglise protestante de Hesse-Nassau. Elle rebondit ensuite sur la valeur ajoutée humaine et sur la question de l’auteur de la bénédiction dans les différentes dénominations chrétiennes.

 

La quatrième partie s’attache aux grands espoirs suscités par la bénédiction.

  • Le premiers chapitre se concentre sur le mariage dont la bénédiction est un élément prépondérant qui valorise l’amour entre les époux et dans le lien à Dieu et à autrui. Elisabeth Parmentier n’élude pas les débats sur la conjugalité de même sexe et donne au lecteur quelques pistes de réflexion.

  • Le deuxième chapitre évoque les situations où la bénédiction est mise en échec, avec le cas particulier des bénédictions non réitérables en principe. S’agissant du divorce par exemple, toutes les Eglises chrétiennes ne réagissent pas de la même façon. L’autrice conclut en proposant une bénédiction des personnes en souffrance de rupture, s’éloignant ainsi des débats autour de la bénédiction du divorce ou des divorcés.

  • La bénédiction peut-elle guérir ? Tel est posé, au chapitre 4, le problème de l’efficacité de la bénédiction et de son résultat. La quête de santé de nos contemporains n’épargne pas les Eglises, les demandes de prières de guérison se multiplient. L’autrice décrit les réponses apportées par l’Eglise catholique, l’Eglise anglicane et les mouvements charismatiques. Elle aborde les liens entre le mal, la maladie, le péché et la foi en se limitant à ce que peut apporter la bénédiction.

  • Le chapitre 4 présente un aspect particulier de la bénédiction : l’onction, de l’onction d’huile sans autre but que de bénir à l’onction des malades en vue d’une guérison, de l’onction d’huile à l’extrême-onction.  L’autrice aborde les pratiques catholiques, les réactions de la Réforme, la liturgie mennonite.

 

La cinquième partie s’interroge sur la quête d’une bénédiction de puissance.

  • Le premier chapitre parle de l’effusion de l’Esprit, bénédiction intense promue par le pentecôtisme. Selon Elisabeth Parmentier, l’enjeu de ce chapitre est de valoriser l’apport d’une orientation théologique et ecclésiale qui veut faire vivre ce qu’elle promet. Il s’agit de savoir si les demandes de puissance et d’effets visibles sont la voie de la bénédiction, si toute bénédiction est bonne. Pour éclairer les lecteurs, l’autrice engage une discussion sur la « bénédiction de Toronto », exemple significatif d’une crise du discernement.

  • Le deuxième chapitre explore les territoires de la théologie de la prospérité. L’autrice revient ensuite sur la finalité et les modalités de la bénédiction chrétienne en perspective luthéro-réformée. Elle confronte aux écrits bibliques les désirs de bénédictions narcissiques et matérielles exprimés par le mouvement de prospérité.

  • Le troisième chapitre traite de la délivrance. Les demandes de libération de l’angoisse, d’un mal, des obsessions, des addictions et des forces destructrices sont nombreuses, sans aller jusqu’au souhait d’un exorcisme. Elisabeth PARMENTIER montre deux manières de faire face à ces demandes : la prière de délivrance dans le rituel catholique et les pratiques de combat contre les esprits mauvais dans les Eglises pentecôtistes. Elle ajoute une discussion sur la façon dont les Eglises luthériennes et réformées pourraient faire place à ces demandes d’accompagnement.

 

Les dernières pages du livre rappellent la nécessité d’inscrire la bénédiction dans la perspective du salut. Elles exhortent à devenir soi-même une bénédiction que ce soit dans un sens non religieux ou dans le désir de transmettre la bénédiction de Dieu. 

 

« Cet étrange désir d'être bénis » est un livre documenté, profond, qui mérite qu’on prenne le temps de réfléchir sur les innombrables points abordés.

Elisabeth Parmentier étudie d’autres traditions chrétiennes que la sienne. Cet ouvrage intéressera donc de nombreux croyants mais aussi des personnes qui ne sont pas ancrées dans une religion, car le désir d’être béni concerne tous les humains.

 

Brigitte Evrard

Table des matières :

 

Cet étrange désir d’être bénis, p. 7

QU’EST-CE QUE LA BÉNÉDICTION ? ÉLÉMENTS DE COMPRÉHENSION
La bénédiction, un concentré de tous les espoirs. Une communication efficace par son ambivalence, p. 15
La bénédiction en perspective chrétienne. Espérance engagée au quotidien, p. 3

BÉNÉDICTIONS ET MALÉDICTIONS DANS LA BIBLE
Se découvrir déjà bénis. La bénédiction inconditionnelle qui nous précède, p. 45
Une réciprocité d’engagement. L’alliance, p. 57
Et la malédiction ? La face cachée de la bénédiction, p. 79
Jésus-Christ, la Bénédiction de Dieu. L’ouverture du Royaume dans une vie qui reste menacée, p. 95

QUAND LES ÉGLISES BÉNISSENT. FORCES ET PERPLEXITÉS
La bénédiction dans l’Église d’Occident. De la peur des puissances du mal à la gratitude pour la grâce, p. 111
Parole et geste : la bénédiction dans l’épaisseur humaine. La corporéité et la matérialité comme médiations, p. 135
Un robot peut-il bénir ? La plus-value de l’humanité, p. 153

GRANDS ESPOIRS. BÉNIR L’AMOUR ET BÉNIR LE CORPS
La bénédiction nuptiale. Non pour la perfection mais qui assume la fragilité humaine, p. 171
La bénédiction de la seconde chance. Peut-on revenir sur une bénédiction donnée ?, p. 189
La bénédiction peut-elle guérir ? Santé, guérison et intégrité, p. 199
L’onction, bénédiction du cœur par le corps. Rite, geste et corporéité, p. 219

LA QUÊTE D’UNE BÉNÉDICTION DE PUISSANCE
Le Shalôm pentecôtiste/charismatique. Une bénédiction « complète », p. 233
Toute bénédiction est-elle bonne ? Bénir pour la prospérité ?, p. 253
Délivrance. De l’angoisse, des obsessions, des addictions et des forces destructrices, p. 269

DANS L’INCOMPLÉTUDE
Le soupirail de l’espérance. Le langage du symbole, du rite et du sacrement pour dire le salut, p. 293
Non pas avoir, mais être une bénédiction. Une lecture non religieuse, p. 305
Du désir pour soi à l’envoi. Pour une conspiration de bénédiction, p. 313

Postface : La bénédiction du lundi, p. 317

Bibliographie, p. 321

 

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