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Brève apologie pour un moment catholique

Publié le : 2018-08-21 12:01:20

Brève apologie pour un moment catholique

Jean-Luc Marion est un philosophe de renom, spécialiste de Descartes, et académicien français (il a succédé à Mgr Lustiger). C’est aussi un catholique affirmé, qui se situe dans la lignée des grands théologiens de son époque (le cardinal Ratzinger, Balthazar, Bouyer).


Son dernier livre constitue une intervention en dehors de son domaine philosophique de
prédilection. Il est inclassable. Comme l’indique le titre, il relève du domaine tombé en désuétude de l’apologétique, destiné à promouvoir la foi chrétienne et à justifier ses principaux dogmes.

Jean-Luc Marion choisit de revivifier cette forme d’essais. Il le fait avec bonheur mais un résultat me semble-t-il contestable.

Brève apologie pour un moment catholique

Jean-Luc Marion

Grasset, 2018

128 pages, grand format

13.2 x 20.6 cm

15€


Le style est vif, le propos fluide, le ton alerte, parfois même tranchant et péremptoire et l’essai, volontairement bref, se lit facilement. Le philosophe pousse à de nombreuses reprises un « coup de gueule », et dit ce qu’il a sur le cœur. N’hésitant pas à recourir à l’outrance, il prend un malin plaisir à développer des thèses en apparence iconoclastes, contraires au bon sens apparent. Par exemple, il discerne que notre pays (notre monde) va désormais entrer dans « un moment catholique », c’est-à- dire un moment où les catholiques vont redonner à nos sociétés ce supplément d’âme dont elles ont besoin. Car « il se pourrait que l’Eglise catholique soit la seule institution qui ne soit pas en crise dans la société française ». Audacieux, à un moment où l’Eglise catholique, malgré le talent de son Pape, ne cesse de s’enfoncer dans une crise de vocations.


Cette méditation littéraire et philosophique est l’occasion pour l’auteur d’aborder plusieurs grands thèmes du débat politique actuel. Il en est ainsi notamment de la laïcité.



Il est clair que l’auteur ne s’inscrit pas dans les thèses traditionnelles des promoteurs de l’Etat laïque, qu’il juge inutiles s’agissant d’une religion qui, dès l’Ancien Testament, a distingué ce qui appartient à César et ce qui appartient à Dieu. Il les estime oppressantes, s’agissant de la réclusion dans la sphère privée de l’expression religieuse.



Pour autant, le « moment catholique » qu’évoque Jean -Luc Marion n’est pas une injonction plus ou moins oppressante à tous nos concitoyens à (re)devenir catholiques. C’est une invitation à la mission adressée aux catholiques. Celle de redonner une âme à la communauté malade que nous formons actuellement. Elle consiste, non pas à préserver un pré carré formé avec son identité ou son patrimoine, mais à sortir du statu quo pour « mettre en œuvre » l’universel. Car les catholiques seraient mieux disposés que d’autres à dépasser leurs intérêts propres et à agir au service de la communauté tout entière.



On regrettera évidemment ici qu'après cette année Luther, Jean-Luc Marion passe sous silence les autres confessions chrétiennes, peut-être en raison d’une domination numérique qui n’existe que dans quelques pays latins. Peut-être aussi en raison d’un abus de langage sur le sens du mot « Eglise Catholique » (ou universelle…). Ceci sans hésiter à annexer à sa cause certaines thèses protestantes sans même reconnaître leur paternité (Ecclesia semper reformanda, par exemple). On pourra douter de la pertinence de plusieurs analyses (et notamment de la leçon de laïcité et de tolérance que le catholicisme pourrait donner à l’Islam). Enfin, on ne manquera pas de s’étonner du présupposé par l’auteur de l’unité fondamentale d’un groupe (les catholiques) de moins en moins homogène, de plus en plus traversé par des tensions internes, de moins en moins réunis par une unité de foi dans le Christ forgée par le dogme de plus en plus contestataire de ses propres institutions. De sorte que le catholicisme, dont parle le livre, apparaît comme un catholicisme en grande partie fantasmé. Le catholicisme français n’est pas le catholicisme sud-américain ou africain….

Ces fortes réserves ne doivent pas faire oublier l’essentiel, que Jean-Luc Marion a le mérite d’aborder franchement avec son talent et sa rigueur habituels : ce sont les contributions que les chrétiens (on préférera ce terme plus inclusif que les catholiques) peuvent apporter à la communauté nationale dans un grand nombre de domaines. Car on ne contestera pas que notre société, qui a depuis longtemps voulu décréter la mort de Dieu, est une société malade, et qui semble même souffrir de son « manque d’âme ».
Il entre vraiment dans les missions des chrétiens, comme le pense Jean-Luc Marion, de s’assumer, de s’affirmer et de contribuer, sous leur bannière, à l’édification d’un monde meilleur, plus humain, plus fraternel.

En conclusion, cet ouvrage engagé semble avoir été conçu pour questionner et faire réagir le lecteur assoupi. En écho à la phrase célèbre de Jean-Paul II « N’ayez pas peur », Jean-Luc Marion invite son lecteur à ne pas avoir peur des catholiques. Il n’est pas certain qu’il réussisse. Mais nous vivons une époque de grands dangers. L’essentiel est pour les chrétiens de s’engager dans la cité pour proposer leurs réponses.


Alain JOUBERT

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