Blanche Gamond - Résister à l’intolérance religieuse

Publié le : 2015-11-02 15:55:15

Blanche Gamond - Résister à l’intolérance religieuse



Marie-France de PALACIO

Blanche Gamond

Résister à l’intolérance religieuse

Éditions Olivetan (Figures protestantes) – 158 pages – 14,50 €




Il apparaît que peu de personnes, même parmi les protestants, ont entendu parler de cette héroïne des persécutions religieuses sous le règne de Louis XIV, et son nom n’est même pas cité dans l’Encyclopédie du protestantisme, parue en 1995 ! Pourtant elle l’aurait bien mérité. Heureusement Marie-France de Palacio, professeur de littérature française, répare cet oubli dans un ouvrage bien enlevé1.


Blanche Gamon, résister à l'intolérance religieuse

Blanche Gamond est née en 1664 à Saint Paul Trois Châteaux, dans la Drôme actuelle, au sein d’une famille protestante. Elle possédait toutes les qualités : belle, intelligente, douée d’une mémoire exceptionnelle, connaissant par cœur les Écritures, ce qui faisait l’admiration de son pasteur, Alexandre Piffard. S’il fallait lui trouver un défaut, elle possédait une très (trop ?) grande assurance d’elle-même et peut-être une exaltation religieuse qui la poussaient au plaisir d’avoir le dernier mot dans les joutes verbales qu’elle menait avec fougue, même avec son pasteur.

Or dès son arrivée effective au pouvoir en 1661, Louis XIV, prenant le contre-pied de la politique suivie par Mazarin, commença à réduire la liberté relative acquise par les protestants. Les dragonnades débutèrent en 1681 dans le Poitou et atteignirent le Dauphiné en 1683. Le temple de Saint Paul fut fermé et le supplice d’un jeune homme de 28 ans, Antoine Chamier, roué à mort devant le domicile de ses parents, développa chez Blanche une sorte de dilection à l’endroit de la souffrance.

Deux ans plus tard, après la Révocation de l’Édit de Nantes et la destruction de tous les temples, Blanche, âgée de 21 ans, convainquit ses parents de fuir ensemble à Orange, encore sous contrôle du stathouder Guillaume III. Mais très rapidement, Louis XIV donna l’ordre aux troupes d’entrer dans la principauté et d’y arrêter les réfugiés protestants. Blanche et ses parents fuirent à nouveau et après diverses péripéties retournèrent à Saint Paul chez des amis, leur maison ayant été saccagée par les dragons du roi. Ils décidèrent alors de se réfugier en Suisse mais furent arrêtés. Ses parents abjurèrent et Blanche fut emmenée à la prison de Grenoble, en avril 1686.


Blanche Gmaond


Présentée devant le juge, elle lui tint tête, comme elle eut à le faire tout au long de son calvaire qui dura 18 mois, argumentant chaque fois avec vigueur et pertinence face à des interlocuteurs réputés savants. Ce fut là une caractéristique de Blanche Gamond, qui en fait vraiment, plus qu’une héroïne digne de roman, une apôtre de l’Evangile. Ses bourreaux successifs tentèrent tout et son contraire pour la convaincre d’abjurer : arguments théologiques et sociaux (incompétence des femmes !), et en sens inverse aggravation des conditions d’internement, puis argent, promesse de mariage !…

Après la prison et la basse-fosse à Grenoble, elle fut transférée à l’hôpital de Valence2 dans des conditions encore plus dures. Son responsable avait un surnom évocateur, La Rapine, et était assisté de femmes-bourreaux qui, pour lui plaire, rivalisaient de cruauté avec les détenues huguenotes. À titre d’illustration nous citons un extrait d’une de ses déclarations : Vous êtes des opiniâtres au roi et à Dieu; mais il faut que vous changiez ou vous crèverez sous les coups… Et effectivement, Blanche faillit mourir, demi-nue, suspendue par une corde à une poutre, elle fut fouettée par six femmes jusqu’à l’évanouissement.

Elle tenta de s’évader mais tomba et se cassa une jambe en plusieurs endroits. Elle fut alors plus ou moins bien soignée mais le directeur de l’hôpital fut remplacé et un abbé beaucoup plus humain fut nommé. La tension diminua et certaines prisonnières purent acheter leur libération, mais le prix fixé pour celle de Blanche, dont la réputation, à la fois de courage et de science, s’était répandue, était très élevé. Il fut quand même atteint grâce aux cotisations de plusieurs personnes et elle fut libérée le 26 novembre 1687. Malgré ses fractures en voie de guérison, elle put partir à cheval pour Genève où elle arriva en février 1688 et où elle s’aperçut avec surprise que son histoire était connue de tous et qu’elle-même faisait l’objet d’une adoration qui confinait à la dévotion.

Sa véritable histoire s’arrête là et on ne sait pas grand chose de sa vie en Suisse, où elle mourut à 54 ans le 9 mai 1718.

Merci à Marie-France de Palacio et à Olivetan de nous avoir fait connaître cette figure magnifique d’une jeune femme protestante, résistant de tout son être aux persécutions du Roi-Soleil.


Bernard Steinlin


1À noter toutefois l’édition par les éditions Ampelos et Passiflores des Mémoires de Blanche Gamond en 2012.

2Aussi ahurissant que cela paraisse, cet ‘hôpital’ de Valence était bien un lieu de tortures (cf P. Cabanel «Histoire des Protestants en France», page 644)

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