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Bach, maître spirituel à la cour de Leipzig au 18eme siècle

Publié le : 2018-07-17 10:20:59
Catégories : Recensions

Bach, maître spirituel à la cour de Leipzig au 18eme siècle

Encore un livre sur Bach, diront certains. Oui, mais un livre original dans la mesure où il est question ici de la fonction de « maître spirituel » du cantor de Leipzig. Dimension certes reconnue, mais nettement moins mise en avant que celle de musicien, puisque beaucoup de musicologues s’accordent à penser que Bach est le plus grand musicien de tous les temps. Mais on a aussi dit qu’il était le « cinquième évangéliste », l’ « homme qui tutoyait Dieu » et, pour Cioran, de façon évidemment provocatrice, « la seule preuve tangible de l’existence de Dieu ».

Bach, maître spirituel

Alain Joly

2018

Editions Taillandier spiritualité

208 pages

16,90€


Alain Joly fut longtemps responsable culturel de l’Eglise Luthérienne puis pasteur de l’ Eglise des Billettes à Paris , dont les célèbres orgues se mettent si souvent au service de la musique religieuse ou profane de Bach . Il a donc eu tout le temps de se familiariser avec cette musique, d’en saisir l’immense beauté, les différentes facettes, mais aussi cette dimension spirituelle qui la distingue et l’élève.

Bien évidemment, il nous fait partager son admiration sans retenue pour le musicien, mais c’est une autre manière de nous faire aussi partager la beauté et la profondeur de la foi.

Bien qu’il s’en défende, ce livre est aussi une biographie dans la mesure où il replace le personnage de Bach dans son temps (1685-1750) et au sein de son territoire, celui de l’Allemagne du Centre, de la Thuringe et de la Saxe, qui fut si marquée par la théologie du réformateur Martin Luther. Une Allemagne où la musique était déjà à l’époque une discipline reine, notamment au sein de la famille Bach dont tous les membres  étaient musiciens.


L’évocation de la vie et la carrière du Cantor n’est pourtant ici qu’une introduction à l’analyse de ses œuvres, qu’elles soient profanes (Bach était maître de chapelle à la Cour princière de Leipzig , et donc également en charge des divertissements du Prince  ) ou chrétiennes ( les messes n si, passions, oratorios, cantates…). La force spirituelle de la musique se constate partout et Alain Joly démontre qu’au-delà d’une virtuosité artistique inégalée, il s’agit toujours d’œuvres profondément inspirées par la foi luthérienne de leur auteur. Les textes des chants, dont certains  reprennent les chorales de Luther et d’autres Réformateurs, constituent une adaptation fidèle de passages essentiels de la Bible et sont souvent le reflet des grands moments de la vie de Jésus, de sa naissance à sa passion. La mort sur la croix du Christ est pour tout luthérien le « kérygme » , le centre de la Bible . Le Christ est donc le sujet premier de méditation de Bach,  celui qui lui permet de donner une lecture sur le sens de la vie ou sur le rapport à la mort. En cela, sa musique elle-même, qui sublime les mots et exprime la Parole au-delà de ce que le chrétien peut en saisir par la raison, est comme l’écrit Alain Joly une longue prédication, une vraie homélie.

Le style de l’auteur est d’une grande clarté et d’une vraie élégance. Les chapitres courts et rigoureusement charpentés rendent la lecture aussi agréable que facile. Au-delà de la vocation pédagogique du livre, cette dimension spirituelle que privilégie ici Alain Joly lui donne l’occasion de revisiter la théologie luthérienne et sa grandeur, jusqu’à émouvoir le lecteur : la foi permet, par la grâce de Dieu, de si grandes œuvres !

Une biographie sur Jean-Sébastien Bach est présentée avec le souci de donner au lecteur les possibilités d’aller plus loin. Citons à ce titre la sortie de l’opus de Gilles Cantagrel sur « l’œuvre instrumentale » du Cantor, cinquième volume d’une somme musicologique monumentale et probablement inégalée dans notre langue.

Le simple amateur de musique, notamment s’il est chrétien, tirera un grand profit de la lecture de cet ouvrage à la dimension plus modeste. Il comprendra mieux, et d’une certaine manière entendra beaucoup plus facilement ce qui fait la mystérieuse beauté de la musique de Bach, c’est-à-dire au-delà sa prodigieuse virtuosité, sa profondeur à la fois humaine et spirituelle, cet appel de Dieu pour dépasser nos contingences et atteindre le sublime.

En cela, voici une magnifique introduction pour tous ceux qui se préparent à assister aux concerts de l’été !

Alain Joubert



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