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Regards croisés sur l'Eglise catholique et la sexualité

Publié le : 2018-10-09 11:54:06
Catégories : Recensions

Regards croisés sur l'Eglise catholique et la sexualité

Mgr Emmanuel Gobilliard, Thérèse Hargot : l’évêque et la sexologue. Un casting étonnant et détonnant, réuni pour l’occasion par Arthur Herlin, journaliste vaticaniste, à la suite d’un constat effectué lors d’une réunion préparatoire du synode des évêques d’octobre 2018.

Le Pape a souhaité placer ce synode sous le signe de la jeunesse, et c’est donc tout naturellement que les échanges ont tourné autour de nombreuses thématiques liées à la jeunesse. Des échanges qui rencontrèrent une lacune de taille, ce qui fit vivement réagir une intervenante : Thérèse Hargot.

Elle utilisa son franc-parler pour faire part de son étonnement : « J’ai été stupéfaite que l’on n’évoque pas une seule fois ni la sexualité, ni l’affectivité, ni même l’amitié. Rien, pas un mot […] Ces thèmes n’auraient pas seulement dû être abordés, ils auraient dû être au centre des discussions ».


Aime et ce que tu veux, fais-le

Thérèse Hargot et Monseigneur Emmanuel Gobillard 

Editions Albin Michel

2018.

245 pages

19€





C’est la sexualité, cette « grande absente » des débats, qui a donné naissance à l’ouvrage qui nous intéresse aujourd’hui.


Thérèse Hargot est une jeune philosophe et sexologue belge qui a exercé à New York et à Paris. Elle est mariée, a trois enfants, adopte un style résolument moderne et parle de sexe de manière très directe . Elle a publié en 2016 un premier ouvrage remarqué, Une jeunesse sexuellement libérée (ou presque). Emmanuel Gobilliard quant à lui est évêque auxiliaire de Lyon depuis 2016. Titulaire d’une licence canonique de théologie morale, il fut nommé responsable diocésain des aumôneries de l’enseignement public et de la pastorale des jeunes du diocèse du Puy. A l’occasion d’une année sabbatique à Madagascar, il a écrit en 2015 une lettre remarquée et largement diffusée sur les réseaux sociaux sur le célibat des prêtres.


Dans Aime et ce que tu veux, fais-le !, Arthur Herlin nous présente la vision croisée de ses deux interlocuteurs sur les 9 thèmes suivants : la sexualité, le célibat, la rencontre, le mariage, la procréation et la régulation des naissances, l’homosexualité, le plaisir, la masturbation, et il ne craint pas enfin d’aborder le douloureux problème de la pédophilie.


Evidemment, nous comprenons assez vite ce qu’une sexologue peut avoir à dire de ces sujets. La lecture des thèmes nous laisse entrevoir ce qu’un évêque pourrait avoir à en dire, au moins pour certains d’entre eux. Il n’en demeure pas moins qu’Emmanuel Gobilliard affronte là un paradoxe dans les reproches habituellement fait aux hommes d’Eglise. D’un côté, celui du tabou : « on n'en parle jamais, c’est mis sous le tapis ! ». De l’autre, celui du manque de légitimité : « qu’est-ce qu’un curé pourrait avoir à dire d’intéressant sur la sexualité, lui qui s’en abstient, ou sur le mariage, lui qui est célibataire ? ». Et bien la lecture de l’ouvrage démontre au moins deux choses.


D’abord, à l’heure où la parole se libère sur les aspects les plus sombres de la sexualité, dans la société en général mais aussi, hélas et pour sa plus grande honte, dans l’Eglise, un évêque est bel et bien capable de s’asseoir à la même table qu’une sexologue pour un dialogue franc et honnête.




Et ensuite, que la sexualité concerne absolument tout le monde, ceux qui la vivent dans la génitalité comme ceux qui la vivent autrement, et que ces derniers ont donc non seulement quelque chose à en dire, mais en plus quelque chose d’original et de pertinent.


Les questions posées par Arthur Herlin sont bienveillantes ; on sent un à priori positif sur ses interlocuteurs. On apprécie néanmoins qu’il ne leur épargne pas les questions difficiles. Au sujet de la pédophilie par exemple, il n’y va pas par quatre chemins : « Qu’est-ce qui explique qu’il y ait tant d’affaires dans l’Eglise ? » demande-t-il. Il va bien falloir répondre. Et justement, on apprécie également le répondant de ceux qu’il interroge : la langue de bois n’est pas de mise. Lorsqu’il va demander à Thérèse Argot si elle pense que l’Eglise devrait se saisir du sujet de la sexualité, elle va répondre : « A force de maladresse, on aurait plutôt envie qu’elle se taise ! Elle a trop dit, mal dit. Ras-le-bol d’entendre des curés nous faire des leçons de morale sur le sexe avant le mariage, la contraception, l’avortement, les positions sexuelles, l’infidélité ou le divorce ! ». Vous êtes page trente-trois, le ton est déjà donné : on ne va pas vous servir une soupe de bons sentiments.


Mais au-delà des questions polémiques qui peuvent attirer notre curiosité ou des réponses « dynamiques » (euphémisme !) de Thérèse Hargot qui nous ravissent par leur honnêteté et leur clarté, Aime et ce que tu veux, fais-le offre surtout de vraies réflexions de fond. A partir de questions on ne peut plus concrètes, vous découvrirez de larges pans de la théologie catholique sur le sujet ce qui, entre nous soit dit, est toujours plus profitable qu’un lot d’idées préconçues. Entre ce qu’on croit savoir et ce qui est, il y a souvent un abîme que cet ouvrage vous aidera à combler.



Laurent Descos






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